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vendredi 17 mai 2024

Figures (3008)

 Dans le rôle-titre [Le rebelle], King Vidor aurait bien vu Humphrey Bogart, à cause de son air "retors, intello et indécrottablement citadin". Trop tard, la Warner avait déjà signé avec son contraire: Gary Cooper, échassier placide, élevé au grand air d'une Amérique vaine et fière de l'être.
Marine Landrot, in Télérama 2915 du 23/11/05.

jeudi 4 janvier 2018

L'Homme des vallées perdues/ L'Homme qui n'a pas d'étoile.

Classique et insolite, un peu hollandais, Shane est le chef-d'œuvre de George Stevens. J'aime ce film davantage après chaque vision.Sa lenteur intimement nostalgique, la modestie, la tendresse des couleurs forment un fond quasi onirique à cet appel des lointains incarné par le chevalier clair, jusque dans l'écho final renvoyant à l'infini le cri du gosse amoureux de cet ailleurs fascinant : un homme sans attaches, sans limites. Le thème du film est d'ailleurs celui de la déchirure : Starett (Van Heflin, magistral aussi dans 3h 10 pour Yuma, le meilleur western de de Delmer Daves) est partagé entre son goût de la tranquillité familiale et ce besoin de justice qui le pousse à se battre, sa femme (Jean Arthur) lutte contre son amour pour Shane, le petit Jacky (Brandon de Wilde) ne sait plus lequel il préfère de ses deux héros - son père et Shane (Alan Ladd). Shane enfin doit rompre les liens qu'il avait noués avec une famille selon son cœur - pour ne pas trahir cet ami dont il aime l'épouse; et ce héros apparemment solide et sûr, est en réalité la victime d'un destin qui l'oblige à fuir tous les havres - le repos serait pour lui une fatalité trop douce, et il est condamné à se perdre éternellement dans des vallées toujours nouvelles, et toujours ouvertes...
Joué sur la pédale sourde, ce beau western naïf et archaïque, hyper-symbolique, n'est pourtant pas manichéen (le mal lui-même ne peut s'y commettre sans délégation). Et puis Alan Ladd m'émeut.

Je m'étais amusé autrefois (les ayant revus successivement) à comparer L'Homme des vallées perdues à L'Homme qui n'a pas d'étoile (de King Vidor). Alan Ladd est un ange froid qui s'humanise à la chaleur du monde, alors que Kirk Douglas est un démon bouillant, une présence physique et une intelligence en acte qui ne se refroidit qu'en se trempant. Alan Ladd serait le rêve des hommes, leur hôte imaginaire, Kirk Douglas leur conscience, leur dérangeur* intime. Dans ses limites , Dempsey (Kirk Douglas), malgré les apparences, est plus optimiste que Shane. Il ne descend pas de l'échelle céleste et, s'il voyage à l'horizontale, c'est parce qu'il n'est aussi qu'un homme, et c'est en homme justement qu'il montre aux hommes qu'ils peuvent se passer des dieux (donc des anges). Parabole sans doute antimaccarthyste. Shane n'a qu'une étoile, et si Dempsey n'en a pas, c'est qu'il est marqué d'un sceau tragique. N'appartenant pas à la cité, il s'y intéresse avec le désintéressement de l'ingénu voyageur qui meuble sa solitude en prenant une part active au destin de ses congénères.
Shane n'est pas de ce monde, Dempsey en est trop, et c'est pour ces raisons inverses qu'ils doivent partir.