Les histoires à la Kaurismäki se ressemblent toutes: elles baignent dans le formol du désespoir, mais elles nous sourient.
L'autre côté de l'espoir est une énigme apparente. Comment entendre un tel titre? Que l'espoir a deux côtés (un bon, un mauvais?) ou que l'espoir peut basculer? Qu'il n'y a pas qu'une voie? Qu'on ne sait pas ce que l'horizon nous cache (des horreurs? Des merveilles?)? Ad libitum.
Le sourire de l'artiste n'est jamais béat. Et "désespéré" n'est pas synonyme de "pessimiste". Le bien, le mal, sont de vieilles catégories. Invétérées. On ne peut en tirer, aux yeux du cinéaste, une quelconque philosophie. Ses films ne prêchent ni ne dénoncent, ils font tourner devant nos yeux une boule à facettes: l'humanité. L'humanité est l'ensemble des vivants (on peut y inclure des animaux, comme ici et comme souvent chez Kaurismäki, un chien); c'est aussi une manière de se conduire avec les vivants. "Il est plus facile d'être vivant que d'être humain" disait naguère le réalisateur. Voilà pour le désespoir: l'amitié et l'amour ne triomphent qu'à Hollywood, la haine aveugle est aussi sourde que dépourvue de tact et d'odorat. Ne parlons pas du goût. La haine est l'universelle infirmité. Mais non l'universelle seigneurie. C'est ainsi que dans le cœur de certains hommes - dont Kaurismäki et la plupart de ses personnages font partie - règne une palpitante bénignité. Cette bénignité ne contredit pas la déréliction existentielle, elle la compense: "Quand il n'y a pas de place pour l'espoir, il n'y en a plus pour le pessimisme. J'ai été heureux le jour où j'ai compris que nous avions perdu la partie, je devais avoir dix ans..."
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mardi 24 novembre 2020
L'autre côté de l'espoir (Kaurismäki)
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