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mercredi 21 avril 2010

La fille coupée en deux

La critique française manifeste une complaisance routinière pour Claude Chabrol, "notre" Chabrol, réalisateur sensiblement surcoté. Il n'y a pas d'errement sans plaisir: Chabrol semble prendre le sien à bouffer du bourgeois et à bouffer tout court, et toujours dans le même sillon et le même circuit d'une province plus grise que grisante. Qui n'est pas réceptif à la "beauté" de Ludivine Sagnier (gourdasse un peu sexy) et à la "séduction" de François Berléand (berlaud lunaire) reste nécessairement en dehors de La fille coupée en deux. Son réalisateur à la bonhomie féroce vit sur sa rente et filme de même: sa légende de dézingueur lui sert d'affidavit. Il peut livrer impunément des caricatures, les critiques s'en payent, c'est pour eux argent d'évangile.(1)
Qu'importent la poésie, la nuance, la profondeur d'un regard, la respiration d'un paysage, toutes choses qu'on ne trouve jamais chez Chabrol. Drôle de cinéma, pas drôle (seul Mocky est pire). L'arbre bourgeois(2) lui cache la forêt humaine: le métier de dénoncer se métamorphose, à force, en dénonciation du métier. Le cinéma de Chabrol n'est plus le cinéma mais sa focale courte, son panoramique étriqué, son travelling en panne. Il filme sans masque un monde asphyxié et asphyxiant. A ne nager qu'en eau poisseuse, on finit par sentir le sauris.

(1) Deux T dans Télérama et trois coeurs dans TéléObs (plus que pour Macadam Cowboy!)
(2) Avec une rage obsessive et passionnelle, Chabrol s'acharne sur la bourgeoisie comme un chien sur son os. Il l'aime compulsivement cet os!