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jeudi 4 février 2016
Horizons (26)
C'était un après-midi d'été en province. J'étais seul chez moi lorsqu'on sonna. La jeune bonne d'une maison amie me livrait je ne sais plus quoi. Le soleil, dehors, était terrible : elle était en nage; sur son visage rond et vermeil, la sueur coulait à grosses gouttes; elle était entourée de vapeur comme si l'on venait de la cuire; sa main épaisse et rouge, comme une viande crue, me tendait le paquet. Sa poitrine roulait sous son corsage; c'était un plat merveilleusement appétissant qui sortait tout brûlant du fourneau de l'été. Il m'en prit une gourmandise effrénée, et elle, déjà penchée par dessus le seuil, tendait le bras vers la fraîcheur de l'ombre et m'y trouvait comme on découvre la méduse au fond de l'eau. Elle me suivit, hypnotisée, jusqu'à la chambre où le lit était encore défait et je n'eus même pas à la dégrafer; elle tirait sur ses boutons avec une frénésie extraordinaire. Nous ne prîmes pas le temps de nous étendre l'un près de l'autre pour les chatteries préliminaires; nous haletions de désir. Elle n'avait qu'une courte chemise qui se releva d'emblée lorsqu'elle ouvrit ses cuisses, étonnamment blanches, rondes et lourdes, qu'ornait un poil touffu bien noir. Il s'échappait de cette fournaise une senteur de ferme, une amertume d'engrais, une douceur de lait caillé; je me jetai sur elle, brandi et caracolant, et nous nous épousâmes dans un essoufflement de bêtes heureuses; sa croupe montait et descendait sous moi comme l'échine brûlante d'un taureau à l'estoc, mais dans le retrait de mousse humaine naissait une rosée toute fraîche et je m'enfonçai plus avant dans sa chair accueillante, plus fort, plus vite, au rythme de cette grande marche que l'homme suit d'âge en âge pendant qu'au tréfonds, le bâton du sourcier sonde l'éternité, ho-hisse, ho-hisse, jusqu'à ce qu'un grand cri de victoire nous eût affaissés l'un contre l'autre, trempés de sueur et délivrés du mirage. Nous ne nous étions rien dit. Maurice Sachs, Le Sabbat, poche, p. 174-175.
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