Cet intrigant récit, à la fois limpide et tordu, d'une arnaque ingénieuse, est fait, en principe, pour n'être vu qu'une fois. Si au mot "fin" on a le fin mot, l'intérêt du film est épuisé. Or je ne cesse de repenser à cette histoire. J'en ai rêvé abondamment, j'en ai rêvé une suite. J'ai même réussi à me rendormir pour continuer d'en rêver...
Pourquoi? Je n'en ai pas d'explication logique. Peut-être à cause du trouble, qui nous envahit comme un vertige, de ne plus bien savoir cerner le vrai; à cause de la séduction du mensonge qui, à la différence de la vérité monochrome, joue de tous les chatoiements qui vagabondent sous le soleil. A cause de la sympathie indue que l'on éprouve pour ces petites crapules, donc à cause du charisme des acteurs. A cause du naturel des figurants, de la présence de la ville (Buenos Aires), d'une certaine atmosphère. Le charme est irrationnel, il est possible que la mise en scène, apparemment classique, parvienne à nous envoûter à notre insu...
Ce polar familial et social n'est pas un bloc de basalte, c'est un bijou guilloché de façon à garder l'ombre et renvoyer la lumière. L'art, c'est ça, la forme la plus évoluée du mensonge, et la plus perverse, car c'est un alcool dont les effets secondaires sont la triste et brutale vérité. Le cinéma et la littérature, comme tout ce qui met un peu ou beaucoup de poésie dans son intelligence du monde, ne vont jamais droit au but. Entre la naissance et la mort il faut bien musarder, le mieux et le plus longtemps possible, tenter mille mensonges et se faire mille illusions, car la vérité, on sait bien ce que c'est...On ne la cherche pas, il y a longtemps qu'on la connaît. Ou plutôt on cherche à la comprendre, mieux, à l'amadouer, à l'apprêter, à la songer et à la "mensonger". A faire ami-ami avec elle, mais pas plus, parce qu'en faisant ami-ami on est déjà à moitié mort. Le plus court accès à la vérité étant donc la mort, autant prendre le chemin des écoliers, qui nous fait voir le monde, nourrit nos sensations, élève nos âmes et fait palpiter nos coeurs.
Ainsi l'illusion, le mensonge (désintéressé ou avide) ne limitent pas le vrai, ils le nourrissent, le colorent et l'enchantent. Ce qu'il faut dire aussi est que le mensonge n'est pas le contraire de la vérité. Le contraire de la vérité, c'est l'insignifiance, c'est le rien. Mensonge et vérité roulent en tandem: quand la vérité tient le guidon, la conduite est sans accroc; quand c'est le mensonge, la route est parfumée.
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samedi 18 septembre 2010
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