C'est un roman d'une sérénité douloureuse, un nocturne aux derniers accords sublimes.
Dans certaines familles naît parfois un enfant "étranger", un accident de la chaîne vivante des générations, un être hors modèle, tombé du moule, et ne portant pas visiblement l'empreinte des siens.
Sont-ils alors les siens? Il les aime, ils ne sont pas des monstres. Ils l'aiment aussi à leur manière chrétienne. Mais ce qui les lie n'est pas pour lui implicite. "Parfois on dirait que je suis dans un univers et vous dans un autre, dit Jack". (Babel, p.367)
La différence subie est ici comme une tache de vin ou un incendie qui couve longtemps avant de ravager la conscience entière. Reste, à la fin, "une résignation totale, comme si la vieille incandescence l'avait brûlé juste avant de s'éteindre. (p.386)
Bien qu'il revienne au foyer après 20 ans pour y retrouver son vieux père et sa plus jeune soeur - elle-même meurtrie sentimentalement - Jack n'est pas un enfant prodigue, car il ne peut s'empêcher de repartir, pour toujours. Mais est-il pour autant un mouton noir, ce mal actif qu'on reproche aux enfants du diable? Jack est la première victime de son étrangeté. Il avance sans progresser, prisonnier d'une forêt si obscure qu'elle le paralyse. Certes il n'est pas aliéné aux bonnes manières et au sens commun, mais quelles souffrances dans la dépossession de soi-même!
Va-t-il finalement se perdre ou se trouver? Se trouver dans la rencontre d'un amour à son image, d'un amour d'une chaleur et d'une couleur différentes, d'un amour capable de le contenir, puisqu'il contient toutes les douleurs du monde...
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jeudi 6 octobre 2016
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