Le plaisir révèle la réussite de l'individuation, tout comme la douleur indique son malheur. Le malheur de l'individuation est rappel brutal de la finitude, de l'infériorité de la conscience à son être et à l'être en général et c'est pourquoi la douleur renvoie toujours à un autre être (Dieu, un autre homme, les circonstances) dont elle est l'effet. Le plaisir au contraire se manifeste comme coïncidence parfaite de ma nature avec elle-même et avec la nature en général. De là vient que les stoïciens concevaient l'ordre des choses fondamentalement comme un logos, comme une loi divine dont la nature était l'expression systématique, alors que les épicuriens, faisant du plaisir le seul but autonome de la conscience, renvoient à une nature faite de hasards et de rencontres et dont la spontanéité prime la nécessité. Il n'y a pas de douleur naturelle, mais seulement des événements naturels auxquels peut se lier un malheur de la conscience, et par opposition le vrai plaisir sera plaisir selon la nature. À l'apathie des stoïciens, qui est annulation des passions, correspond et s'oppose l'ataraxie des épicuriens, qui est l'absence de troubles.
Pierre Trotignon, article AFFECTIVITÉ, in Encycl. Univ.
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dimanche 22 mars 2026
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