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samedi 28 mars 2009

Welcome, de Philippe Lioret.

Contrairement à ce que le lancement publicitaire et le battage médiatique pouvaient laisser croire, Welcome n'est pas un plaidoyer pour les sans-papiers ni un réquisitoire contre les pouvoirs publics (il l'est subsidiairement). C'est un drame humain et une aventure à deux: un défi d'amour partagé dont les objets sont différents (et multiples dans le cas de Lindon) mais si précieux qu'ils mettent en jeu la vie et/ou la liberté. L'un, réfugié kurde irakien, avec la fougue et la démesure ordinaire de ses 17 ans, veut traverser la Manche à la nage pour rejoindre son aimée; l'autre, qui n'a même pas su, comme il l'avoue, "simplement traverser la rue" pour empêcher la sienne de partir, s'affronte à lui-même, à sa peur, à son indifférence, à sa lâcheté, et entre, par amour d'abord, par humanité ensuite, par amour paternel enfin, sur le chemin raboteux de la rédemption.
Le style de Philippe Lioret, dont j'avais déjà beaucoup aimé Je vais bien, ne t'en fais pas, affirme quelques constantes: rigueur dans le détail, répétitions du quotidien discrètement dramatisées de façon à rendre l'apparente banalité intense, insistance persuasive et finalement convaincante (qui passe par un millimétrage de l'expression des comédiens). Tout est possible à la volonté dont le carburant est la passion. Tout est possible à la passion qui puise sa force non dans l'instinct mais dans l'âme, non pas une âme qui refuse le corps, comme aurait dit Alain, mais au contraire une âme leopardienne qui refuse la mort (et la mort du sentiment) comme lâcheté vulgaire. Vivre en âme pour vivre en homme, tel est le credo des deux héros de cette histoire. Ne pas se contenter de contempler son aspiration et de lamenter son infortune. Objectiver celle-là et retourner celle-ci de façon à saisir ce dont on a été saisi, et à métamorphoser le sort en destin. Et, pour en finir avec les citations, cette dernière, de Victor Hugo, est parfaitement illustrée par le film: "L'âme est le seul oiseau qui soutienne sa cage." Dans le triangle que l'âme forme avec les forces antagonistes qu'il nous faut sans cesse affronter, nous bâtissons chacun un univers singulier, et oeuvrons chacun au son de notre propre musique, sans souhaiter pour autant la cacophonie, mais sans la fuir non plus, et, si c'est le chaos et la discordance qui l'emportent, si, une à une, nous finissons par perdre nos neuf peaux, que restera-t-il de l'oignon que nous fûmes?
Son âme.
C'est la dernière constante des films de Lioret: la conscience de ses héros brûle d'une lumière de plus en plus éclairante, celle de la vérité paradoxale qui rend évidente la facticité du mensonge.