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mardi 24 février 2015

Phoenix ( C. Petzold)

   Peut-on aimer encore un homme qui vous a trahie et peut-être vendue? La réponse est évidente, et c'est le sujet du dernier film de Christian Petzold, toujours avec la merveilleuse Nina Hoss. Nous n'aimons pas la vérité quand nous aimons, nous aimons notre amour jusqu'à notre désespoir d'aimer. Nous aimons notre amour nostalgiquement.
   Avoir connu un grand amour est comme l'avoir conçu: on n'abandonne pas sans déchirement son enfant. L'amour est comme la poésie, "une convoitise qui s'illimite" (Suzanne Lilar). Nelly amoureuse n'est pas aveugle, elle est avide. Avide de revivre après la mort. La seule question est celle de la souffrance. Vaut-il mieux souffrir de pardonner ce qu'on ne peut oublier, ou de quitter le mensonge sans combler le trou qu'il laisse? La femme trahie peut lire les signes de la trahison, mais quelques doutes savent s'y glisser: et si la trahison n'était que relative, explicable, humaine?
  Tout le film est tendu sur ce fil d'acier qui finit par entrer dans la chair même de la femme blessée.   On croit aimer pour son bonheur mais on n'aime que pour un roman qu'on s'écrit à soi-même. Si on cesse de l'écrire on croit qu'on en mourra. Mais quand bien même? La légende ne dit-elle pas que le phénix est comme l'amour un oiseau qui renaît de ses cendres? Mais c'est une légende...
   Il y a deux formes de trahison: la lâche, disons humaine (pour sauver sa peau), et l'éclatante, la panacheuse, l'héroïque. La plus moche est la première, mais elle est celle qui le plus apitoie. Et voilà: l'amour, finalement, même auréolé de son lumineux passé, ne peut supporter la promiscuité de la pitié.
   Et la dernière scène est bouleversante: l'amour se sauve dans un chant d'amour, en se renonçant. En se sacrifiant, il se sublime, n'attend plus rien que lui-même, en son immortelle essence. Ce chant d'amour est la chanson du début et surtout de la fin, Speak low: 
"Love is pure gold and time a thief.
We're late, darling, we're late,
The curtain descends, everything ends too soon, too soon."