Tamara Drew (2010) est un film un peu corniaud, né de la "comical encounter" d'une main fine (Posy Simmonds) et d'une grosse papatte. La menotte bédéïse ses satires dans The Guardian, la patoche(1) épate gaillardement ses caricatures sur les écrans du monde entier.
Frears aime à tremper ses gros doigts dans la confiture littéraire, pour en tartiner les bienséances, les hypocrisies, la transparente comédie. Jane Austen est un peu loin, mais hommage lui est rendu d'une certaine manière: ce qu'elle dénonçait dans la nuance (c'est-à-dire littérairement, car la littérature est "une maîtresse des nuances", selon Barthes) est ici pointé joyeusement sous la charge (pas seulement celle des vaches!)
Tamara Drew, c'est Pride and Prejudice plus Vanity Fair en sabots bobos, avec des personnages à la psychologie approximative. Amusant, piquant, défoulant, intéressant même, mais l'intérêt d'une oeuvre sans nuances s'épuise en une fois, car toute caricature est obligatoirement incrédible (dans la mesure où elle donne du réel une image trop contrastée, à l'imprégnation de laquelle le cerveau se refuse), alors que la nuance ne distord pas le cadre des catégories mentales dont l'habitude a fabriqué la vraisemblance. (C'était une parenthèse).
L'âge venant, Frears ne s'éthérise guère, mais il s'enjoue. Son cinéma, au fond, est toujours aussi glauque, aussi féroce, mais sa "livraison" est plus civile et moins cauchemardesque. L'embousement par foulage du Bestseller, par exemple, est une scène de slapstick. Et toute la boue des faux sentiments, dont il nous éclabousse en s'égayant, n'empêche pas que de vrais sentiments existent, et qu'ils triomphent. Cette farce n'appelle pas à la révolution, mais c'est une fable, c'est-à-dire un travail de moraliste drôle. La caricature y festonne la satire et la satire y leste "gravement" la caricature. A la fin Mack Sennett accouche (presque) de Chaplin!
(1) Jadis ou naguère responsable de quelques lourderies telles que The Snapper, The Van, d'une parodie sans épaisseur ( Gumshoe), d'un honnête Liaisons dangereuses, de passables vulgarités dédouanées par une générosité de clabaud (My Beautiful Laundrette, Prick Up Your Ears), etc. ( Je n'ai pas vu The Queen, qui est, paraît-il, réussi).
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lundi 13 septembre 2010
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