Madeleine, qui veut me faire plaisir, me crie de loin en me montrant un disque:
"Votre disque, monsieur Antoine, celui que vous aimez, voulez-vous l'entendre, pour la dernière fois?"
"S'il vous plaît."
J'ai dit ça par politesse, mais je ne me sens pas en très bonnes dispositions pour entendre un air de jazz. Tout de même je vais faire attention, parce que, comme dit Madeleine, j'entends ce disque pour la dernière fois: il est très vieux; trop vieux, même pour la province; en vain le chercherai-je à Paris. Madeleine va le déposer sur le plateau du phonographe, il va tourner; dans les rainures l'aiguille d'acier va se mettre à sauter et à grincer et puis, quand elles l'auront guidée en spirale, jusqu'au centre du disque, ce sera fini, la voix rauque qui chante Some of these days se taira pour toujours.
Ça commence. (A suivre)
Sartre, La nausée, Poche, 1962, p. 244.
Affichage des articles dont le libellé est Some of these days. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Some of these days. Afficher tous les articles
lundi 5 juillet 2021
Art (317)
Inscription à :
Articles (Atom)