Quatre minutes, de Chris Kraus, est une histoire de rédemption par la musique (une vieille pianiste et une jeune délinquante) aussi finement et solidement cousue qu'une capote de fiacre avec du raphia. Quand on fait rimer violence avec éloquence, c'est qu'on confond artistique et pathétique, ampérage et cabotinage, mise en scène et coupe pleine. On fait du cinéma courant d'air, sorte de boulevard hollywoodien qui fait claquer les portes mais garde l'atmosphère rance.
A l'opposé, La Révélation, de Hans-Christian Schmid, prend le par(t)i de l'austérité, voire du pythagorisme (la vérité est le principe de l'harmonie, et le mensonge est toujours un mauvais "calcul" puisqu'il provoque l'anarchie). Par la seule force de ses arguments, sans effets de mise en scène (tout le contraire de son compatriote Kraus), sans coups de théâtre, mais avec le concours d'une belle et grande actrice (Kerry Fox), le réalisateur nous introduit dans les arcanes du TPI (Tribunal Pénal International) : le dévoilement des crimes et des exactions commis par les fauteurs de guerre peut-il se faire sans compromissions? Peut-on tout dire ou faut-il en rabattre, par "réalisme" politique? Ce film nous montre qu'en art l'austérité est synonyme non de froideur mais de pudeur. Hans- Christian Schmid se refuse aux facilités du mélo boum-boum mais son propos nous émeut profondément, car les personnages de chair et de sang qu'il fait vivre sous nos yeux sont en conflit, et d'abord avec eux-mêmes. Oublier, c'est mourir une seconde fois; faire oublier, c'est tuer une seconde fois. Mais la vérité fait mal. Les nationalismes simplifient par le bas, les diplomaties par le haut: tout cela est bien dess(e)iné, mais l'épaisseur du monde, c'est l'humanité qui la crée.
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