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dimanche 16 mars 2014

The Lunchbox (Ritesh Batra, 2013)

   La plus grande aventure de la vie, la plus singulière et la plus universelle, est le vieillissement. C'est le sujet de ce film d'une grande douceur, d'une grande délicatesse; en apparence une histoire de rencontre virtuelle, d'amour par quiproquo, en réalité le constat de notre décrépito-finitude.
   Un homme qui s'acheminait doucement vers la sortie s'aperçoit par accident qu'il n'a pas utilisé tous ses possibles. Peu à peu dessillé, il fera le choix de ne pas se rendre sans combattre.
   Vieillir c'est se défaire, mais se parfaire aussi, s'ouvrir un peu plus sur l'humain, regarder les enfants jouer, écouter celui qui vous caresse pour être caressé et vous questionne pour être écouté. Vieillir c'est construire des châteaux de sable, mais avec des chemins d'or, même si la marée monte. Mais vivre, c'est ça aussi.
   Vieillir, c'est prendre une direction irréversible, mais rien n'empêche le vagabondage, l'amour, les retrouvailles avec l'enfance. Bien vieillir c'est mettre le temps en espace, la vie en perspective, en relief les existences, les objets, la nature elle-même. On peut apprendre avec l'âge que l'écho n'est pas un phénomène spatial mais temporel.
   Bien vieillir c'est comprendre que plus que le passé qui n'est plus et plus que le futur qui ne sera peu-être pas, ce qui compte est le présent. C'est éprouver moins abstraitement ses attentes. On n'a plus de désirs vagues, mais des désirs opportuns et concrets, définis et précisés dans les rencontres qu'on en fait.
   Jeune, je n'aurais jamais goûté le bruit que fait la langue du chat qui lape à petits coups légers et rebondis le lait de sa jatte, je n'aurais pas été ému - je ne me serais pas senti plus vivant - en le voyant gommer à petits coups de pattes décidés sa démangeaison, jusqu'à en sentir disparaître les signes comme autant de traits importuns sur la page muette de son corps.
   Dire finalement de Ritesh Batra qu'il est une personne délicate est presque un pléonasme. S'il manquait de délicatesse, il ne serait qu'un individu. Son film a les apparences lointaines d'une "comédie sentimentale", comme l'appellent tels des moutons tous les critiques. Ce n'est pas une comédie ni un drame mais le prétexte à une réflexion sur la précarité précieuse de la vie, et ce n'est pas sentimental, c'est sincère et vrai.