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jeudi 30 juin 2022

Adaptation (4)

 [Suite du 3] - Les macaques du Japon sont aussi astucieux: isolés dans une île, ils se nourrissent de patates douces. Par hasard, un jour, l'un d'eux, sur la plage où il déjeunait, laissa tomber sa patate dans l'eau de mer. Il s'aperçut que l'eau salée lui donnait un meilleur goût, qu'elle était plus propre. Il a donc continué, et depuis vingt ans maintenant, les singes de cette réserve trempent les patates dans l'eau de mer!
André Leroi-Gourhan, Dernières nouvelles de l'homme, in N.Obs. 972 du 24/06/83.

Adaptation (3)

 Dans une réserve africaine, il existe une population de chimpanzés qui attrapent les termites avec de fines brindilles qu'ils enfilent dans les trous de la termitière. Au bout de la baguette, trois, dix ou trente termites serrent les mâchoires. Le singe sort alors la tige avec précaution et déguste ces proies. Il y a donc ici adaptation, aménagement réfléchi: le singe doit cueillir sa baguette, la préparer, l'effeuiller. (A suivre)
André Leroi-Gourhan, Dernières nouvelles de l'homme, in N. Obs. 972 du 24/06/83.

mercredi 29 juin 2022

Adaptation (2)

 Un homme adapté à l'environnement social, c'est un homme en pleine perturbation biologique: en faisant barrage à ses pulsions, à son imaginaire, la socioculture lui interdit de se réaliser. Etre bien dans sa peau, c'est forcément entrer en conflit avec le milieu social.

vendredi 15 juin 2018

Le bel Antonio (roman de Brancati, film de Bolognini).

Le roman de Vitaliano Brancati est une peinture de l'Italie fasciste tellement ressemblante qu'elle en paraît outrée. Un ton délibérément comique pour un propos sincèrement indigné (inhumanité de l'époque). L'art d'éviter le pathos dans l'énoncé tragique : le destin d'un peuple voué aux laveurs de cerveaux autant qu'aux voleurs d'âmes ("Oh! temps funestes, où la fierté même a la saveur pourrie de son contraire!"), aux concentrationnaires et aux bouchers, ce destin n'efface pas le destin personnel d'Antonio Magnano, beau comme un dieu, et impuissant; il le rehausse plutôt car, quand chacun prend un peu du malheur de l'Italie, Antonio est désespérément seul avec le sien. Et à son deuil social et psychologique s'ajoute un chagrin plus profond : la trouille animale d'une mort sans rémission (après une vie sans joie), c'est ça l'angoisse métaphysique.
Une idée domine le film qu'en a tiré Bolognini en 1960 : le marasme. Une Sicile d'abord généreuse, solaire, antique, qui, peu à peu, apparaît sous son vrai jour : la sécheresse d'idées, la petitesse de cœur, le préjugé, la solitude de l'infirme (au sens propre, le non-ferme). Tout est bâti sur le canevas du rétrécissement progressif : l'impuissance du héros, dont l'image, à la fin, est réfléchie dans le miroir de l'ombre, c'est l'impuissance d'amour des bourgeois de cette province maudite qui continuent à se réclamer de Dieu. Même moins intense que le roman (le film ne situe plus l'action au temps du fascisme)* la réalisation, surtout par l'interprétation de Mastroianni, n'en est pas indigne.
*La grossesse pseudo happy end de la servante ne figure pas chez Brancati.

mardi 12 septembre 2017

Faits et dits enfantins (468)

Un jeune lecteur écrivit un jour à Hergé : "Je n'aime pas le capitaine Haddock au cinéma. Il n'a pas la même voix que dans les albums."

Marie (8 ans) : "Ce matin, j'étais assise, je regardais mes jambes et mes pieds, et, tout à coup, je me suis sentie une autre..."

Bastien (7 ans 1/2) dit : "Les jambes de baleine, ça pèse au moins une tonne?"
"Et les microbes obèses, est-ce qu'on peut les voir sans microscope?"