Giraudoux par Pierre Lepape ... la manie de faire parler les dieux comme des personnages de Courteline et les garde-barrières comme des agrégés de grammaire...
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vendredi 21 novembre 2025
Euménides (429)
mardi 9 avril 2019
Figures... (454)
Même sous de fausses couleurs de simplicité, le grandiloquent et l'ampoulé ne cesseront jamais d'être la marque du style héroïcomique, c'est-à-dire la pâture des petits*, à l'inverse du burlesque auquel les grands seuls peuvent prétendre.
* à propos d'Aragon.
* à propos d'Aragon.
mardi 6 février 2018
Alexandrins (83)
Le burlesque toujours nous garde du sérieux,
Et s'arrache au néant l'âme héroïcomique.
Et s'arrache au néant l'âme héroïcomique.
vendredi 1 mai 2015
Pourquoi faut-il mettre son bonnet quand on sort de la piscine? (Collectif Rien de Spécial)
Au théâtre La Montagne Magique de Bruxelles, j'ai eu le plaisir d'assister à un joli spectacle pour enfants et adultes éveillés: Pourquoi faut-il mettre son bonnet quand on sort de la piscine? Avec Alice Hubball et Marie Lecomte, du collectif Rien de Spécial.
L'idée en est originale: elle est celle d'un questionnement rebondissant en digressions plus ou moins sages ou loufoques. On ne sait où les personnages nous emmènent et on est heureux de les voir retomber sur leurs pattes à la fin. Mais est-ce une fin? Y a-t-il une fin aux digressions, qu'elles soient futiles ou essentielles? " Seul le sens de notre vie nous mène à la mort, toute marche en travers est infinie", disait Giraudoux. Ce pourrait être une définition de l'existence: une marche en travers. On dit "digression", on pourrait dire "arborescence", car le spectacle construit un arbre de questions, avec des post-it en guise de feuilles. Sur chaque post-it, une question, à laquelle nos deux "spécialistes en questions essentielles" vont s'efforcer de répondre, avec un professionnalisme absurde qui les amène, par exemple, à mettre une piscine sur la scène, à y faire rouler un frigo à la destination ahurissante (mais ce frigo aura une autre fonction...). Bref, c'est un spectacle enchanté et si la réponse à la question du titre ne vient qu'à la fin, sous une forme inattendue, le chemin tortueux qui y mène est d'un charme burlesque permanent. Et personne -surtout pas les enfants- ne criera "au fait, au fait!" D'ailleurs, dirait-on cela à Shéhérazade? Elle y perdrait la vie et nous les Mille et une nuits. C'est par les digressions qu'on échappe -momentanément- à la finalité de la mort.
Le couple qui évolue sur scène a un petit quelque chose de Laurel et Hardy. Alice est la "spécialiste en chef". Pas plus futée que sa collègue, mais imbue de son rôle. Marie est un faire-valoir qui échappe au contrôle, elle prend le pouvoir en jouant et le rend de même.
Qu'est-ce qui est en question dans ce jeu des questions? La manie irritante des enfants de vouloir tout savoir? (Je vais faire l'enfant moi-même et poser à nos deux comédiennes une question que mon fils m'avait posée quand il avait 5 ans: Un aveugle peut-il être hypnotisé? Une autre que tout lecteur de La Fontaine a dû se poser un jour: Un chien d'aveugle doit-il être paralytique? Encore une ou deux: Est-il juste qu'une vache intelligente soit mangée par un homme stupide? Ou: Est-ce-qu'un homme intelligent fait des rêves plus intelligents qu'un homme stupide? etc. ) Moi aussi j'aime les digressions. Bref, une question, mille réponses, ou pas de réponse du tout. Ce qui est en question dans le jeu des questions c'est l'esprit qui vole bien au-dessus de la lettre. La question est poésie et la réponse n'est que prose. Freud disait à sa fille Anna que les enfants sont spontanément philosophes: ils posent des questions. "Et les adultes? lui demanda Anna. - Les adultes sont spontanément idiots, ils répondent..." La seule façon un peu honnête de répondre à la question "pourquoi? " ne serait-elle pas "pourquoi pas? " Je ne donne pas de réponse rationnelle, mais je fais mieux: je change de dimension. Et c'est ici le lieu de dire que renoncer au sérieux n'empêche pas d'être grave, la fin du spectacle est loin d'être dérisoire.
Si la pièce joue avec l'absurde, elle s'en joue surtout, et ne s'y complaît pas. Quelle horreur qu'un monde accablé de raisonnements pseudo-raisonnables! Je préfère le farfelu, c'est léger comme un papillon, c'est la porte ouverte à toutes les fenêtres. "Plus il y a de gruyère, disait Coluche, plus il y a de trous; et plus il y a de trous, moins il y a de gruyère. "
Méditons cette vérité aporétique.
L'idée en est originale: elle est celle d'un questionnement rebondissant en digressions plus ou moins sages ou loufoques. On ne sait où les personnages nous emmènent et on est heureux de les voir retomber sur leurs pattes à la fin. Mais est-ce une fin? Y a-t-il une fin aux digressions, qu'elles soient futiles ou essentielles? " Seul le sens de notre vie nous mène à la mort, toute marche en travers est infinie", disait Giraudoux. Ce pourrait être une définition de l'existence: une marche en travers. On dit "digression", on pourrait dire "arborescence", car le spectacle construit un arbre de questions, avec des post-it en guise de feuilles. Sur chaque post-it, une question, à laquelle nos deux "spécialistes en questions essentielles" vont s'efforcer de répondre, avec un professionnalisme absurde qui les amène, par exemple, à mettre une piscine sur la scène, à y faire rouler un frigo à la destination ahurissante (mais ce frigo aura une autre fonction...). Bref, c'est un spectacle enchanté et si la réponse à la question du titre ne vient qu'à la fin, sous une forme inattendue, le chemin tortueux qui y mène est d'un charme burlesque permanent. Et personne -surtout pas les enfants- ne criera "au fait, au fait!" D'ailleurs, dirait-on cela à Shéhérazade? Elle y perdrait la vie et nous les Mille et une nuits. C'est par les digressions qu'on échappe -momentanément- à la finalité de la mort.
Le couple qui évolue sur scène a un petit quelque chose de Laurel et Hardy. Alice est la "spécialiste en chef". Pas plus futée que sa collègue, mais imbue de son rôle. Marie est un faire-valoir qui échappe au contrôle, elle prend le pouvoir en jouant et le rend de même.
Qu'est-ce qui est en question dans ce jeu des questions? La manie irritante des enfants de vouloir tout savoir? (Je vais faire l'enfant moi-même et poser à nos deux comédiennes une question que mon fils m'avait posée quand il avait 5 ans: Un aveugle peut-il être hypnotisé? Une autre que tout lecteur de La Fontaine a dû se poser un jour: Un chien d'aveugle doit-il être paralytique? Encore une ou deux: Est-il juste qu'une vache intelligente soit mangée par un homme stupide? Ou: Est-ce-qu'un homme intelligent fait des rêves plus intelligents qu'un homme stupide? etc. ) Moi aussi j'aime les digressions. Bref, une question, mille réponses, ou pas de réponse du tout. Ce qui est en question dans le jeu des questions c'est l'esprit qui vole bien au-dessus de la lettre. La question est poésie et la réponse n'est que prose. Freud disait à sa fille Anna que les enfants sont spontanément philosophes: ils posent des questions. "Et les adultes? lui demanda Anna. - Les adultes sont spontanément idiots, ils répondent..." La seule façon un peu honnête de répondre à la question "pourquoi? " ne serait-elle pas "pourquoi pas? " Je ne donne pas de réponse rationnelle, mais je fais mieux: je change de dimension. Et c'est ici le lieu de dire que renoncer au sérieux n'empêche pas d'être grave, la fin du spectacle est loin d'être dérisoire.
Si la pièce joue avec l'absurde, elle s'en joue surtout, et ne s'y complaît pas. Quelle horreur qu'un monde accablé de raisonnements pseudo-raisonnables! Je préfère le farfelu, c'est léger comme un papillon, c'est la porte ouverte à toutes les fenêtres. "Plus il y a de gruyère, disait Coluche, plus il y a de trous; et plus il y a de trous, moins il y a de gruyère. "
Méditons cette vérité aporétique.
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