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mardi 20 septembre 2022

Aventure (12)

 L'aventure commence par le dépaysement, au travers duquel l'aventurier finira fou, roi ou solitaire; elle est le réalisme de la féerie.
Malraux

jeudi 22 mars 2018

Internats

J'avais 11 ans, et je quittais ma famille pour la première fois. C'est l'été où a cessé la guerre d'Indochine (54). "Pour mon bien", ma mère, qui ne prenait jamais de vacances (elle gérait une épicerie), avait décidé de m'envoyer "en colonie" au château de La Villeneuve, en Haute-Vienne. Mon frère s'y était bien plu l'année précédente, alors qu'il avait moins de 8 ans (il en était seulement revenu avec les ongles noirs).
La vie en commun, au dortoir, au réfectoire, les jeux et les veillées obligatoires, la toilette à la rivière tôt le matin, tout m'a dépaysé et mon émotivité ne l'a pas supporté. Je pleurais souvent. J'écrivis à ma mère que si elle venait me chercher, je lui donnerais "tous mes sous". Pour avoir un peu de solitude, je feignais d'être malade, et, à l'infirmerie toute la journée, je lisais des illustrés dans le confort du corps et la consolation de l'esprit. L'infirmière de la colo, qui était un peu virile, me dit une fois que j'étais douillet. J'accusai mal le coup, sa remarque me blessa. "Elle a tort", pensai-je d'abord. Puis, "peut-être a-t-elle un peu raison..."  Mon comportement changea, je pris goût à la compagnie et aux jeux. Quand je revins chez moi, je pleurai : je m'ennuyais de la colo. J'eus une autre expérience "traumatisante" deux ans plus tard, quand je devins interne au collège d'Abbeville. D'ailleurs, je m'en échappai.
A mon entrée à l'Ecole Normale, en 59, j'étais guéri, je n'étais plus "douillet", et devins même, avec mon ami Jacques Flament (Berckois comme moi) un petit pôle d'attraction.