Affichage des articles dont le libellé est flipper. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est flipper. Afficher tous les articles

mercredi 23 décembre 2020

Figures (1153)

 Je viens d'apprendre qu'on ne peut apprivoiser les oiseaux que les mains dans les poches. Manchot pour que s'aventurent et se posent près de moi les aériennes boules de plumes et que le petit œil rond, sans cligner, regarde mon regard. Mais comment les toucher, les caresser, les blottir au creux de ma paume pour sentir leur tiédeur palpitante gagner en douceur mon poignet, et par ondes parcourir mon bras jusqu'à mon épaule?
Mes mains sont mes oiseaux. Elles volent devant mes paroles, elles délimitent dans l'air le volume de mon souffle. Jamais je n'apprivoiserai les mésanges ni les rouges-gorges. Mais cachées, immobiles, me voilà muet. Bouche scellée sur le silence, ma pensée s'arrête, se bloque, s'éteint, comme de ces flippers qui dans les cafés trouent la rumeur des conversations par le vacarme spasmodique de leurs tintements et sonneries de victoire, les loupiotes intermittentes et rapides, courant du haut en bas du tableau violemment illustré de girls à demi nues ou de cow-boys jonglant avec leur colt, s'évanouissent, la partie finie. Je ne parlerai jamais au merle, ni à la fauvette.
Jean-Louis Bory, Un prix d'excellence, p. 13.