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mercredi 1 juillet 2015

Comme un avion (Bruno Podalydès)

   Ce film est peut-être son chef-d'oeuvre. La célébration de la petite aventure avait déjà été tentée, il y a une quinzaine d'années, avec Liberté-Oléron, film raté ou Denis Podalydès en faisait trop et rendait son personnage aussi antipathique que le film était ennuyeux. Ici, au contraire, aucun personnage n'est négatif, en dehors du pêcheur incarné par Arditi, rivé au bout de sa canne à pêche, pétri d'aigreur et mauvais génie des bordures. Car ce qui caractérise cette aventure, c'est la fluidité du mouvement: tout bouge, tout danse, mais ce mouvement est, sans paradoxe, immobile. C'est la définition de la dérive. Le héros suit le courant et s'échoue à l'aventure, aventure aventureuse, aventure intérieure, et non-aventure aventurière faite de coups et d'actions lointaines. Plus Tati que Tintin. Aventures d'un personnage à l'écoute rêveuse de son corps. Cette célébration est aussi celle du désir et du plaisir, relatifs et non pas absolus. L'absolu est une coupure, le relatif nous lie au monde et aux autres. En ce sens on pourrait dire qu'il n'est d'absolu que le relatif. Les gens que Michel rencontre, tout près, ont un air lointain et enchanté. D'ailleurs il a beau les quitter pour poursuivre son voyage, une sorte de magnétisme, de magie le ramène à eux. "Voyager n'est pas quitter", lance-t-il en guise d'au revoir à sa compagne. Mais quitter c'est voyager et voyager c'est partir pour rester. Avec un détour par Circé.
   La loufoquerie n'est pas absente de ce conte jankélévien. Jankélévitch répétait que n'importe qui est un être unique, encore faut-il le ressentir et le savourer. Savourer l'instant, percevoir la nuance, saisir le presque.
   Le couple de comiques qui peignent en bleu tout ce qui passe à portée de leurs brosses, n'est pas plus bizarre que celle qui pleure quand il pleut ou celle qui colle des post-it le long du chemin de l'amour. Jusqu'à... Nous sommes tous des hapax.
   Le titre? Il évoque la lévitation aventureuse, et la passion du héros. Ce n'est pas le vol qui soulève l'imagination, mais le rêve du vol. La lenteur. "Passe par les villages", disait Peter Handke. "Laisse-toi porter par la rivière", ajoute Michel. Ecoute les arbres, et le battement des coeurs dans la poitrine des femmes. Michel alias Bruno, un auteur et acteur magnifique.