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vendredi 2 mars 2018
mercredi 29 avril 2015
Traduction
Bien traduire, c'est rendre familier l'étrange. Mieux traduire, c'est rendre étrange le familier. Mieux traduire c'est retraduire.
"Gavagaï". Le terme fut inventé par le logicien américain Quine (1908-2000), en 1960, dans Word and object. L'histoire est simple: un anthropologue accompagne, dans la forêt, des Indiens dont personne ne parle la langue. Un lapin passe en courant. Les Indiens disent: "Gavagaï" ! Que peut en conclure l'anthropologue? Sûrement pas que "gavagaï" signifie "lapin", car ce pourrait être aussi bien "merde, il a filé!" ou bien "voilà un signe de tempête", si ces gens sont superstitieux, ou encore "n'y touchez pas, c'est un animal maudit!" à moins que ce ne soit "vous devriez en goûter!", ou simplement "ciel;", et...quantité d'autres possibilités.
Dans Toute une vie, Jan Zabrana s'amuse au passage de l'absurdité des traductions mécaniques ( du genre "j'ai un moustique sur la façade" pour "j'ai un cousin sur le Front") : "Nous avons de l'alcool mais la viande est avariée", ainsi l'ordinateur traduisit-il la phrase biblique "L'esprit est résolu mais la chair est faible", de l'anglais en russe. Mais ici l'absurdité est signifiante, ce qui n'est pas le cas de cette phrase lue sur un panneau routier: " En raison de travaux sur la voie de déviation, la route nationale est momentanément réouverte."
Ecrire c'est traduire en même temps qu'inventer (ses pensées, ses sentiments, ses "visions", etc.), c'est donc déjà trahir. Alors traduire un texte dans une autre langue, c'est faire un peu la même chose, sauf que le texte n'est plus traduit à chaud et à vif et à l'état naissant, mais tout cuit, tout verni: c'est une traduction qui est traduite. C'est une fois de plus, est-ce une fois de trop? Ou la tentative d'accomplir le chemin inverse; c'est-à-dire de retourner vers le chaud et le vif?
"Gavagaï". Le terme fut inventé par le logicien américain Quine (1908-2000), en 1960, dans Word and object. L'histoire est simple: un anthropologue accompagne, dans la forêt, des Indiens dont personne ne parle la langue. Un lapin passe en courant. Les Indiens disent: "Gavagaï" ! Que peut en conclure l'anthropologue? Sûrement pas que "gavagaï" signifie "lapin", car ce pourrait être aussi bien "merde, il a filé!" ou bien "voilà un signe de tempête", si ces gens sont superstitieux, ou encore "n'y touchez pas, c'est un animal maudit!" à moins que ce ne soit "vous devriez en goûter!", ou simplement "ciel;", et...quantité d'autres possibilités.
Dans Toute une vie, Jan Zabrana s'amuse au passage de l'absurdité des traductions mécaniques ( du genre "j'ai un moustique sur la façade" pour "j'ai un cousin sur le Front") : "Nous avons de l'alcool mais la viande est avariée", ainsi l'ordinateur traduisit-il la phrase biblique "L'esprit est résolu mais la chair est faible", de l'anglais en russe. Mais ici l'absurdité est signifiante, ce qui n'est pas le cas de cette phrase lue sur un panneau routier: " En raison de travaux sur la voie de déviation, la route nationale est momentanément réouverte."
Ecrire c'est traduire en même temps qu'inventer (ses pensées, ses sentiments, ses "visions", etc.), c'est donc déjà trahir. Alors traduire un texte dans une autre langue, c'est faire un peu la même chose, sauf que le texte n'est plus traduit à chaud et à vif et à l'état naissant, mais tout cuit, tout verni: c'est une traduction qui est traduite. C'est une fois de plus, est-ce une fois de trop? Ou la tentative d'accomplir le chemin inverse; c'est-à-dire de retourner vers le chaud et le vif?
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