Dans Le western: ou le cinéma américain par excellence (éditions du Cerf, 1953), André Bazin écrit: "Dans le monde du western, les femmes sont bonnes, c'est l'homme qui est mauvais". Sans être aussi catégorique on pourrait affirmer que le western est un genre féministe, dans la mesure où les personnages de femmes qui tiennent le haut de l'image sont le contraire de bimbos. Dans le renouveau westernien des années cinquante* l'adamisme, par exemple, est de rigueur: conquête de l'Ouest, conquête du Grand-Nord, homme nouveau, femme nouvelle. Mais la femme nouvelle la plus authentique, c'est l'Indienne! Elle est le pivot d'histoires comme Le jugement des flèches, La flèche brisée, La dernière chasse, La captive aux yeux clairs.
Dans ce dernier film, elle est même princesse, et mystérieuse. Les hommes soumis à sa vue ne convoitent pas une femme-objet mais aspirent à être reconnus et choisis par le sujet suprême et spéculaire qui les emmène au-delà de leur pré carré. Au-delà du Missouri, en l'occurrence (mais c'est le titre d'un autre film), c'est-à-dire sous le grand ciel lucide (The Big Sky) où les hommes vivent dans la lumière du monde originel. Vision excessivement bucolique de la vie sauvage? Peut-être. Mais ça fait un beau film, si un beau film est un film de plus en plus beau à mesure qu'il avance: optimiste, généreux, éclatant de santé. Trois mille km (ou miles?) de remontée d'un fleuve vers terres à fourrures et provisions d'innocence, avec un Kirk évohesque (ou youpique!). Comment Hawks, qui passait pour un homme froid, a-t-il pu faire un film aussi chaud?
Parce qu'il ne croit qu'en l'homme. En l'homme dans sa complexité et ses contradictions, et surtout dans sa capacité d'agir et de réagir. Pour Hawks, sont inutiles et contraires à sa morale horizontale les gros plans et les contre-plongées; déplacés les panoramiques et les plongées. Ni trop d'orgueil ni trop de lyrisme, ni trop d'humilité ni trop de glycérine. De même, pour un partisan de la litote, le zoom est une précision vulgaire. Hawks limite les jeux de caméra et fait presque tout dépendre du jeu des acteurs. Il est un janséniste de l'image, un racinien plutôt, il y met l'homme au centre.
Hic et Nunc. A hauteur d'homme. Les personnages hawksiens mordent dans la vie comme dans un fruit à peine mûr. Plus il est difficile à croquer, meilleur est le fruit. Ce ne sont pas des sybarites mais des affamés d'une espèce singulière, parce qu'ils aiment rester sur leur faim, une faim qui les éveille.
Stay hungry! Il n'a souci des "faims" dernières, et ne vit que de jouissances premières, chèrement acquises parfois. Comme aurait dit Clément Rosset, chez Hawks, le réel n'a pas de double.
* Avec ce qu'on a appelé le Sur-western, le genre a commencé à réfléchir sur lui-même, à détisser le mythe du héros. Et si le "bien" y triomphe encore souvent, c'est dans le doute, l'angoisse, le désespoir ou la dissidence.
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mercredi 19 juin 2019
mardi 19 juin 2018
Estacadres (392)
la réalité est l'absence apparente de contradictions.
Le merveilleux, c'est la contradiction qui apparaît dans le réel.
L'amour est un état de confusion du réel et du merveilleux. Dans cet état, les contradictions de l'être apparaissent comme réellement essentielles à l'être.
Aragon, Le paysan de Paris.
Le merveilleux, c'est la contradiction qui apparaît dans le réel.
L'amour est un état de confusion du réel et du merveilleux. Dans cet état, les contradictions de l'être apparaissent comme réellement essentielles à l'être.
Aragon, Le paysan de Paris.
mardi 2 juin 2009
Mots-manie (24)
Les mots ne font pas exister la réalité, ils la font fantasmer. "Avec un mot frais, on peut traverser le désert d'une journée", disait Césaire.
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