Le titre du dernier film de Bonitzer est l'un des termes de l'alternative de l'existence. Quand, vers la fin, l'un des personnages demande à l'héroïne de choisir sans réfléchir, parce que réfléchir c'est risquer de perdre, c'est le "tout de suite maintenant" opposé à l'autre terme de l'existence: la pensée, le doute, l'humanité. Parce que la réflexion n'est pas une faiblesse mais une "paresse"noble, celle qui peut mener jusqu'à la rêverie, cette dérive qui permet d'échapper à l'efficace morsure de l'avidité.
Ce film est une rhapsodie, un patchwork harmonieux mais mobile dont les pièces se frôlent et plus souvent se heurtent. L'héroïne (est-elle ambitieuse? ) est une jeune femme brillante qui "réussit" dans un milieu financier exécré par son père. Mais s'abaisse-t-elle jamais? Vise-t-elle autre chose que l'excellence qui l'aspire? Son père (Bacri, les yeux cernés par l'atrabile, mais plein de la mélancolie des losers qui savent qu'ils ont raison) la répudie, la traitant d'arriviste. Il ne la connaît pas. La méprise les rend malheureux. D'ailleurs, tout le monde se méprend sur elle, c'est une jeune femme droite qui ne confond pas la souplesse avec l'amour.
Le jeune héros qui l'aime est un naïf qui joue les affranchis, il croit les apparences et doute de sa propre innocence.
L'ancien amour du vieux Bacri (Isabelle Huppert) est une perdante en colère; elle boit pour ne pas être mangée. Leur histoire était trop belle, elle a choisi le rival, l'autre rive, la rive carnassière, s'y croyant mieux protégée. Et voilà que l'ancien amour surgit comme un silencieux renvoi d'alcool, de cet alcool d'autrefois qui n'ulcérait pas l'âme. L'une des plus belles scènes du film est celle où les anciens amants, à la sortie de l'hôpital, se retrouvent dans le miroir du passé. Le tain est sombre mais les images sont claires. le grand amour comme le grand art est métaphysique, il s'épanouit sous le soleil universel et singulier qui éclaire sans fin la condition humaine.
Les chiens noirs, les chiens-loups qui surgissent pour bouffer le monde, l'ambition qui fait du fric avec du sang, quelle pauvre chose au regard de l'invisible, de la musique inutile, et de la réalité de l'irréel. Encore une fois [cf Cherchez Hortense (un héros musilien) +gerardplaine] Bacri se révèle un héros "sans qualités", l'un des rares humains ayant accédé au luxe du malheur métaphysique - qui fait le bonheur inavoué de la pensée.
Père et fille se réconcilieront, parce qu'au fond ils se ressemblent. Il n'y a pas d'homme d'action qui vaille sans action d'homme (cf gerardplaine+ Cherchez Hortense). Il n'est pas d'ambition qui ne soit balayée par une ambition plus haute et pour ainsi dire absolue: l'ambition d'humanité. Car, au moins, s'il n'est plus le centre de l'univers, l'homme demeure le coeur de l'humanité. Et l'humanité fait battre le coeur de l'homme.
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samedi 9 juillet 2016
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