"Il est temps, oui, il est temps de s'affranchir de l'esclavage dans lequel nous tient la réalité, cette réalité aux doigts raides qui s'agrippe à nos manches, et nous empêche de regarder plus loin. Le cinéma, ce n'est pas la réalité, non, c'est une invitation à partir avec la fumée des locomotives ..."
Fellini
samedi 30 mai 2026
Figures (3600)
mercredi 3 septembre 2025
Figures et personnages (3375)
L'élément de satire et de critique de la réalité contemporaine est extrêmement faible [...] . Les divers conflits de Don Quichotte avec la réalité ne donnent jamais lieu à une situation qui mettrait en cause sa légitimité: elle a toujours raison contre lui.*
Erich Auerbach, Mimesis.
* Sauf dans la scène de délivrance des galériens.
lundi 6 mai 2024
Écrivains (113)
L'image qu'un écrivain donne de lui-même n'est pas toujours conforme à la réalité. Mais il se peut que la réalité se trompe. Car elle est ici, et lui est ailleurs. La réalité pratique et organique de l'écrivain encombre sa réalité chimérique. Il l'oublie ou la sublime au fil des pages qu'il noircit pour éclairer son âme et son esprit. Il écrit pour (se) débarrasser (de) ce trop de "concrétude" que lui oppose l'inévitable immanence. Le hic et nunc suffit-il à nourrir une conscience trop exigeante pour sa frêle mesure? Il lui faut en sortir. La réalité se trompe quand elle se clôt.
L'écrivain la détrompe en y creusant des échappées, des jours, des lumières, des passages et des trouées. Et s'il creuse bien, il parviendra à creuser le ciel, comme fait la vraie musique, selon Baudelaire. Un monde sans écrivains serait sourd, aveugle, fermé à toute sensibilité - coagulé. C'est pourquoi il est du devoir de l'écrivain de jaillir hors du monde... pour y revenir avec ce merveilleux fluide qu'on appelle la beauté. C'est d'ailleurs que s'illumine le pauvre ici. L'œuvre pèse autant que le monde. Peut-être même est-elle destinée à l'alléger, car son poids est moins élevé qu'il n'élève.
mercredi 17 avril 2024
Beauté (176)
[Suite du 175] - La littérature dont il s'agit porte un malheur. Elle mériterait d'ailleurs, à ce titre, le respect. Son malheur est qu'elle ne transcrit pas seulement un monde sans beauté, mais la décompression des hommes qui vivraient sans beauté dans ce monde. Comme le pensait Jean Paulhan, l'écrivain moderne est décidément trop ambitieux. Pourquoi voudrait-il toujours coller à la réalité de son temps, et oublier la délicieuse courbe des rêves les meilleurs des hommes et des femmes? (À suivre)
Id, ib.
mercredi 27 octobre 2021
Aspirations (8)
L'objet qui vous échappe est nécessairement tout différent de celui qui vous poursuit.
Benjamin Constant
lundi 23 mars 2020
Rossinante et Pégase
"Le réel, c'est ce qui ne va pas", disait Lacan. Je l'interprète à ma façon: ça veut dire que l'homme du réel marche à 4 pattes! Et je ne peux pas me respecter si je passe ma vie à 4 pattes...
Je ne marche à 4 pattes que pour jouer: alors je fais de cette "réalité" le véhicule de ma fantaisie. Je ne suis plus dans le rétrécissement du réel mais dans son éclatement. Alors la réalité n'est plus idiote (c'est-à-dire singulière), elle accède à l'ex hypnos (l'intelligence). Et ce qui était sans mystère devient source d'émerveillement.
C'est ainsi que Rossinante devient Pégase.
mercredi 13 juin 2018
Estacadre (387)
Musil, L'homme sans qualités, III.
dimanche 18 mars 2018
mercredi 17 mai 2017
Après la tempête ( Kore-Eda)
L'enfant demeure la pièce centrale d'Après la tempête, mais il est auréolé d'un père immense et peu glorieux, fatidiquement voué à une addiction sans doute héritée de son propre père, le jeu. Ce père dégingandé, à la démarche de basketteur, a manqué non pas d'amour mais de constance dans l'amour, de solidité. Il s'est laissé avaler par un bonheur/malheur futile au lieu de parier sur le dur, sur le beau, le grand, l'utile, la relation humaine généreuse, obscure, nourrissante. Masochiste, inhibé, lâche au fond, le héros de ce film magnifique n'est pas pour autant le repoussoir de la vertu. Il est le pauvre homme que nous sommes tous, plus ou moins clairement, qui n'accepte pas sa défaite et va lutter pour promettre sans mentir. Beau personnage tchékhovien d'un film encore plus réussi que le précédent, mais toujours dans la même veine introspective, patiente, progressive, attentive, pénétrante. Subtile.
Pour Kore-Eda comme pour Tchekhov, le quotidien n'est pas l'envers du sublime mais son cadre naturel. Il a une vision onirique des choses: l'épaisseur du monde n'est ni plus ni moins parlante que sa transcendance. L'humain ne s'y sent pas réellement concerné ni impliqué. Qu'est-ce qui fait le mystère et l'attrait de la vie? Tchekov avait sa réponse: " Il faut raconter la vie non telle qu'elle est, ni telle qu'elle doit être, mais telle qu'elle nous apparaît en rêve." Kore-Eda a, semble-t-il, la même. Et la tristesse est inhérente au rêve, puisque le rêve nous révèle les limites de nos sens et celles de notre esprit. Il est bien triste de devoir rêver sa vie, mais comment en faire sentir autrement l'impalpable texture?
Note - La question que pose l'artiste est toujours la même: Faut-il rater sa vie pour la réussir? Et en quoi une vie ratée peut-elle être réussie? Parce qu'elle obligerait à penser la pensée et sentir le sentiment, parce qu'elle témoignerait de la vanité de tout? Mais est-il sûr que tout soit vain? Il n'est pas indifférent que le protagoniste du film soit "par ailleurs" écrivain. Ce "par ailleurs" n'est pas un alibi, mais le cœur même de son mal-être. La nécessité de l'écriture et l'existence de son fils. Est-il un raté écrivain, ou un écrivain raté? Est-il un père raté ou un raté paternel? est-il tout court? En rêve, peut-être.