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vendredi 13 août 2021

Art (335)

 L'art nous aide à supporter la trahison du présent. Le présent, c'est la vie, nous vivons tout et toujours au présent. Mais ce présent qui est toute notre vie nous échappe continûment, comme une immense chambre à air qui invisiblement se dégonfle. C'est au présent que nous sommes jeunes, c'est au présent que nous sommes vieux. Ce que nous avons été, ce que nous serons n'existe pas. Pour pouvoir sourire malgré cette fuite permanente de nous-même, nous avons inventé l'art qui nous distrait de la vérité de notre malheur et du malheur de notre vérité: l'art ne dit pas la vérité mais il aide à l'accepter; Nietzsche dit que "l'art existe pour nous empêcher de mourir de la vérité", parce que, ajoute Céline, "la vérité c'est la mort". Le présent c'est la vie, mais pour l'art le passé et le futur comptent, et même le conditionnel. L'art nous suspend dans le temps comme au manège. Il nous distrait de la vie* en nous accrochant, le temps d'un tour, à l'éternité. L'art nous inscrit sur le registre immortel de l'humanité.
*Il faut en art de la distance et du détour, mais il ne faut pas que l'esthétique soit transcendante, c'est-à-dire en solution de continuité avec le réel, car elle se prive alors de l'immanence de l'émotion — qui est son filigrane.

mardi 29 décembre 2020

Art (158)

Il faut en art de la distance et du détour, mais il ne faut pas que l'esthétique soit transcendante, c'est-à-dire en solution de continuité avec le réel, car elle se prive alors de l'immanence de l'émotion - qui est son filigrane.