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samedi 9 juillet 2022

Adaptation artistique (12)

 Je relève dans Le Monde du 15 novembre 1979, à propos du Don Giovanni de Losey, une remarque de Jacques Longchampt qui devrait bien donner à penser. L'auteur laisse entendre qu'en dépit de la magnificence du spectacle il s'est passablement ennuyé, "jamais, dit-il, ces airs et ensembles admirables n'avaient paru aussi interminables", et il en trouve tout de suite la raison: "Elle tient à une dissymétrie du temps musical et du temps cinématographiques. L'aria de Mozart est en quelque sorte du temps "vertical", suspendu, en profondeur, qui participe de l'éternité; elle s'oppose absolument au temps "horizontal", chronométrique, du cinéma, et d'autant plus que l'on multiplie images, changements de plans, etc." Voilà le point, en effet, à ceci près que ce désaccord fondamental des temps n'existe pas seulement entre le film et l'opéra, il joue également dans les rapports de tous les autres genres entre eux et manifeste la résistance tout à fait générale de n'importe quelle forme d'art à se laisser transposer dans un autre registre que le sien, füt-il apparemment voisin. Il est ce qui fait de la transposition des œuvres non pas avant tout une affaire de talent ou d'honnêteté, mais bel et bien une impossibilité.
Marthe Robert, La vérité littéraire, biblio, p.48-49.