Écrire ne va pas de soi. Les mots ne sont pas des outils mais des êtres. Ils ont un ou plusieurs sens, un ou plusieurs sons, une ou plusieurs couleurs, un ou deux rythmes. Ils sont lourds ou légers, ont parfois une odeur, un volume, du mystère. Certains inspirent un appétit, d'autres du dégoût. Il faut savoir qu'ils sont marqués par leur emploi dans le siècle ou enrichis par leur patine. Certains frétillent, d'autres sont presque morts. D'aucuns friment, la plupart sont modestes. Des mots nous honorent ou flattent notre intelligence alors qu'on répugne à employer ceux qui pourraient nous donner un petit air bête ou naïf, ou sentimental. Il y a ceux dont on se rappelle l'acquisition à chaque nouvel emploi, comme s'ils nous étaient toujours un peu étrangers, pièces rapportées de notre vocabulaire, mais qu'on est toujours fier de connaître après 50 ou 60 ans. On choisit donc les mots selon l'effet qu'ils doivent produire ou le rayonnement qu'ils peuvent émettre à tel ou tel poste ou telle situation dans la phrase, afin de l'alléger ou la lester, de l'accélérer ou de la freiner, de l'éclairer ou de la feutrer, de la balancer ou de la déséquilibrer, etc. On n'écrit pas innocemment. Si on est un écrivain. 64.17
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lundi 12 juin 2023
Écrire (192)
samedi 9 février 2013
Mots-manie (60)
Non le sens, la présence. Les mots ne sont pas des ânes qui broutent l'herbe pour révéler le pré, mais des âmes habillées de couleurs, d'odeurs et de sonorités irisées par les modes, les temps et les saisons, des âmes vibrant comme des étoffes électrisées par la présence des autres mots.
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