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dimanche 23 novembre 2025

Bonne (4)

 [Suite du 3] - Les affriolantes femmes de chambre pouvaient être laides (on fait ce qu'on peut) et jouer aussi faux qu'elles le désiraient, mais leur tournure devait s'orner d'une élégance inconnue de tous les domestiques vivants, et leur tablier, de volants de dentelle. Je me rappelle que nous étions correctes avec les civils, et extrêmement provocantes avec les militaires.  (À suivre)
Pauline Carton, Le théâtre de carton.

samedi 22 novembre 2025

Bonne (3)

 [ Suite du 2] Les bonnes comiques se portaient alors graillonneuses et malpolies. Elles avaient les cheveux roux, si possible, et le nez un rien cramoisi. Elles patoisaient souvent, d'un commode accent standard qui rappelait Les cloches de Corneville et s'employait aussi bien pour la Bretagne que pour le Poitou. Inexplicablement mal peignées, elles servaient, sans qu'on s'en étonnât, les douairières les plus huppées. Parfois elles se mouchaient en reniflant pour faire rire le monde, et soupiraient d'amour en regardant leur maître.   (À suivre)
Pauline Carton, Le théâtre de carton.

vendredi 21 novembre 2025

Bonne (2)

 En ce temps-là les bonnes de théâtre se classaient en trois catégorie immuables:
la vieille servante en bonnet, au sourire de curé de campagne, qui avait élevé tout le monde; la bonne comique, et l'affriolante femme de chambre.   (À suivre)
Pauline Carton, Le théâtre de carton.

jeudi 20 novembre 2025

Bonne (1)

 En ce temps-là, les bonnes se classaient en trois catégories immuables.   (À suivre)
Pauline Carton, Le théâtre de carton.

lundi 9 octobre 2023

Écrire et parler (3)

 Les Grecs ont créé la représentation théâtrale, les Latins la littérature. [...]   (À suivre)
Cesare Pavese, Le métier de vivre.

samedi 24 juin 2023

Baroque (40)

 Le baroque est un romantisme formaliste (dévitalisé, théâtralisé).   86.58

lundi 14 juin 2021

Art (299)

 On sait bien que le théâtre , ce n'est pas la vie. Mais c'est le seul endroit où on le sache.
Bernard-Marie Koltès.

jeudi 13 août 2020

Art (53)

[L'art est né] lorsque le chrétien a cessé de tenir son rêve religieux pour Vérité suprême. [La scène du théâtre remplace alors la cathédrale]. Le mystère n'avait pas été un style particulier de théâtre, mais le contraire de la fiction.
Malraux, L'homme précaire et la littérature.

mardi 16 janvier 2018

Faits et dits enfantins (579)

Marie (13 ans) sur la scène de la salle des fêtes de Saint-Pol, face aux parents, aux notables, jouant Arlequin dans Arlequin, serviteur de deux maîtres, de Goldoni. Elle court, saute, gambade et joue de l'œil à chaque réplique. Elle donne de la jambe et du bras sans compter, comme pour chasser l'embarras, le trac, la gêne que lui collent tous ces yeux tournés sur elle : faire fuir la gêne et déployer le plaisir.


Bastien (bientôt 10 ans) vient de passer 3 jours en Bretagne, avec sa mère, chez des grand-oncle et grand-tante qu'il ne connaissait pas. Le quatrième jour, chez sa tante Do, sa mère lui fait remarquer qu'il est insupportable. Il rétorque : "Fini la comédie d'être sage, ça fait 3 jours que je la joue!"

Il dit : "Un fou qui s'évade, c'est qu'il était pas fou."

Il dit, à propos du footballeur Lizarazu (petit et fluet) : "Il est fébrile [sic]".Ça commence comme faible et finit comme fragile (épicènes).

vendredi 20 octobre 2017

Faits et dits enfantins (502)

Marie (8 ans) voudrait-elle connaître les limites de mon narcissisme ? Elle me demande : "Et si tu étais aveugle, est-ce que tu ferais encore de la culture physique?" C'est vrai, ça : Que deviendrait Narcisse aveugle?

Bastien (8 ans), ayant assisté à une représentation du Médecin volant et du Médecin malgré lui (sa sœur Marie interprétant Lucinde) donnée par une troupe locale, tient à revoir les prestations. Nous acceptons qu'il y retourne une fois. Son enthousiasme est tel qu'il se jette sur les textes de Molière. Après quoi, il ponctue ses discours de "Peste de la carogne!" et de (étant malade et moi aussi) : "Il ne faut pas que nous mourrions sans l'ordonnance du médecin!" Un échange qu'il se rappelle aussi volontiers, c'est : "J'ai quatre pauvres petits enfants sur les bras.
— Mets-les à terre!"

mercredi 7 août 2013

Horizon (s) (9)

Quand Ulrich croisait un passant, l'écho de ses pas le précédait d'abord un long temps comme l'annonce d'un événement majeur. On pouvait avoir dans cette nuit le sentiment d'une action théâtrale. On sentait qu'on était une apparition dans le monde; quelque chose qui fait plus d'effet qu'elle ne le mérite. Cela résonne, et quand cela passe dans une flaque de lumière, c'est accompagné de son ombre comme d'un bouffon puissamment vacillant qui se redresse et l'instant d'après rampe de nouveau humblement à vos talons.
Robert Musil, L'Homme sans qualités, 2.

samedi 2 février 2013

Hors-la-loi (Régis Duqué)

Cher Eno, cher Hervé,

Cette mise en scène de Jérôme Nayer est un spectacle à la fois émouvant et joyeux. Emouvants, les chants et les danses ( Poor Lonesome Cowboy est un sommet d'unisson, d'harmonie, d'union des coeurs et des âmes), joyeux la parodie et le pastiche. Les chants et les danses participent plutôt du pastiche, c'est-à-dire de l'imitation bon enfant. Le texte est tout entier voué à la parodie, mais, pour donner de la chair à la parodie, il faut, au-delà des situations loufoques, des personnages d'une certaine consistance et des propos qui ne soient pas sans résonances. Le pied-tendre, la "fille", l'institutrice, le justicier et le truand ne sont pas des archétypes, mais un rêveur sensible et craintif, une prostituée amoureuse des mots et des sonorités, une forte personnalité qui combat son ennui et son chagrin, un loser psychorigide et flottant finalement converti à la vie, et enfin une explosion du plaisir animal de vivre qui fout le bordel dans sa bourgade mortelle de Bodie et appelle l'univers entier à faire son feu d'artifice avant de s'éteindre comme une pauvre bougie.
   Tous ces personnages font une parodie réussie: les sens et la sensibilité du spectateur sont comblés, et son intelligence n'est pas pour autant méprisée. Une parodie réussie doit pouvoir être reçue aussi au premier degré, comme un hommage. Hors-la-loi est donc une dédicace au western. Et un beau cadeau fait aux acteurs.


mercredi 11 février 2009

Le matelot et la jargonaute

Madame Hyper et ses moindres, Pièce en un acte et deux collègues, de Joël Bienfait, nous fait assister à l'affrontement d'une inspectrice pédagogique régionale et d'un professeur. L'action se situe dans un lycée, après l'inspection. Dans sa première partie, cette courte pièce est inspirée d'une expérience réelle. Deux sphères s'y intersectent, presque au sens didactique: la première, celle du pouvoir, coupe en deux la seconde, celle des "moindres", laquelle ensuite, dans une réaction fantasmée, parvient à se recoller comme elle peut pour, à son tour, user contre l'autre de son tranchant verbal. Ainsi deux violences alternent, la seconde n'étant qu'une réponse symbolique à la première. Donc se traversent sans se métisser deux univers: celui de la théorie (structuralo-linguistico-transformationnelle ou distributionnelle ou contexturelle, que sais-je? c'est sans importance) et celui de la pratique de l'enseignant qui, au jour le jour, s'évertue à sortir ses élèves des ornières (et parfois des abîmes) de l'ignorance. Comment ouvrir les adolescents à la lumière? Sûrement pas en leur cornant aux oreilles le dernier cri de la SCIENCE littéraire (mariage contre nature et promis à la stérilité, soit dit en passant). Il faut les éclairer, non les éblouir. Ne pas ouvrir sans précaution la porte qui donne sur l'aveuglant absolu du savoir souverain: il y a des marches à franchir, des détours à emprunter. Le professeur est un pédagogue et un psychagogue, c'est à dire un psychopompe d'âmes encore incarnées (un missionnaire, à sa façon), pas un Jupiter de la Connaissance sanctifiée. La main du passeur tient la craie ou la plume, en aucun cas le feu du ciel. Le professeur "offre, propose, s'engage", c'est la définition du dictionnaire. Son rôle est de composer avec la beauté à transmettre et les cervelles qu'il prépare à la recevoir. Il se meut entre deux exigences tyranniques: celle de l'art et celle du réel. C'est un artisan du relatif (ou, pour employer un mot à la mode: un médiateur).
Cette vérité si simple à concevoir du conflit endémique qu'il faut apaiser sans relâche entre le monde et l'empyrée semble échapper au personnage de l'inspectrice, docte fate qui ne respire que l'air purifié du Parnasse. Madame Hyper ( jeu de mots sur IPR) et ses moindres est la dénonciation tonique et poignante du divorce du dogme et de l'expérience, du principe et de l'épreuve. A mesure que je lisais, je sentais monter en moi la révolte et la colère. Si on donne l'autorité aux cuistres et le trissotinisme aux petits chefs, ils vont sans faute humilier à force de science et à droit de férule. Ils ont deux armes, et vous n'avez que votre conscience. Et si la conscience est structurante, elle est aussi désemparée par son doute constitutif. Une double certitude contre un doute, qui peut l'emporter? On souffre, et on rit parfois, à la lecture de cet acte salvateur. Mais c'est l'amertume qui demeure. L'amertume qu'a ressentie le professeur face au rejet de son travail et au mépris de sa personne. L'auteur des Femmes Savantes est mort trop tôt.

mardi 28 octobre 2008

Shakespeare is dead

C'est le titre d'un des spectacles donnés en octobre auThéâtre National de Bruxelles. Excellente pièce, qui évite les deux écueils auxquels se heurtent parfois les textes contemporains, à savoir le snobisme (ou l'art creux) et le pseudo-intellectualisme (la platitude tarabiscotée) sans jouer de la facilité que pourrait donner l'aisance d'un style complexe et maîtrisé. Du riche texte de Paul Pourveur, Philippe Sireuil a réalisé une mise en scène vivante, colorée, biseautée, et les interprètes, tous magistraux malgré leur jeunesse ( les débutants Olivia Carrère et Yvain Juillard, et les déjà-confirmés Marie Lecomte-- sublime Célimène de l'an dernier-- et Vincent Minne-- étonnant Tartuffe) nous font jubiler durant deux heures. Bref, la vie, l'amour, la mort, les illusions létales ou nécessaires, l'essentiel et le futile, tout est traité avec la politesse du désespoir dans ce spectacle "kalos/eidos/skopikon" (kaléidoscopique), spéculaire et spectral à la fois (ce que Musil aurait qualifié de "tour de force ontologique").