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jeudi 15 août 2024

Le beau et le laid (10)

 La grâce et l'harmonie ne sont pas des concepts mais des présences, des corps, des objets, de la vie, du mouvement, de l'attrait charnel. Si je préfère caresser une belle fille plutôt qu'une laide, est-ce mon côté superficiel?   92.9

lundi 20 février 2023

Allégorie et symbole (1)

 Au contraire de l'allégorie, le symbole est un archétype concret, vivant. Il n'ôte rien au lieu ni à l'instant, simplement il l'élargit, il l'agrandit, il l'universalise.   20.109-110

mercredi 15 février 2023

Allégorie (3)

 Les démarches de l'imagination intellectuelle de Donne [1572-1631] sont l'inverse de l'attitude romantique: Shelley voit une alouette, un nuage, une fleur, que sais-je encore; il part de cette donnée concrète et l'interprète; l'idée ne vient qu'après coup, après l'abstraction; l'association des idées n'est en fin de compte que séquence d'images. Traduction, au mieux transposition du spectacle de la nature. Ou si l'on veut, "écho sonore" de Hugo. Habitués que nous sommes à ce mécanisme nous avons tendance à nous laisser envoûter et emporter par les images de Donne, et naturellement elles ne nous mènent pas bien loin car elles ne sont que les illustrations d'un raisonnement; c'est le raisonnement qu'il faut suivre, car ici les idées donnent la vie à l'image. Nous sommes déformés par toute une tradition de poésie-expression, mal équipés pour apprécier chez Donne une poésie où la pensée est en action. [...] Il s'agit de poésie exacte.
L.- G. Gros, John Donne, Seghers.

lundi 6 juillet 2020

Art (31)

La raison d'être de l'art réside en ce qu'il est à la fois une action spirituelle et une passion concrète. Sauvé du temps, et sauveur du temps.

jeudi 25 juillet 2013

Savoir et saveur

S'ils en eurent jamais, "saveur" et "savoir" ont depuis longtemps perdu leur lien étymologique, et on ne comprendrait plus aujourd'hui une expression subobjective comme "homo sine sapore" (homme sans personnalité). Mais l'expression du savoir avec les seuls mots de la gustation est à la fois méthodiquement impossible et intellectuellement déceptrice. Pour comprendre, il aurait fallu étudier, et il faudrait être savant soi-même pour comprendre tout ce qu'un savant avance, et on ne comprend d'ailleurs rien sans effort et sans médiation. D'où l'impatience et la rage (contre la science et contre soi-même) que provoquent les exposés abstraits.
P.-S.- "Tout ce qu'on apprend est méprisable, mais il n'est pas méprisable d'apprendre le jeu de patience qui nous fait attendre la fin". Jean Grenier, Les Iles, Gallimard, 1959, p.53.