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lundi 16 juillet 2018
Les mots à l'oreille (155)
Le paradoxe de la poésie est de vouloir faire sentir par des mots ce qui n'est pas verbalisable.
mercredi 24 juin 2015
Horizons (18)
Un matin, tandis que du haut de la terrasse je parcourais des yeux la Marina, ses eaux m'apparurent plus profondes et plus lumineuses, comme si, pour la première fois, j'eusse posé sur elles un regard non troublé. J'eus en cet instant même le sentiment presque douloureux du mot se séparant des choses, comme se brise la corde trop tendue d'un arc. J'avais surpris un lambeau du voile d'Isis de ce monde, et le langage à partir de cet instant me fut un imparfait serviteur. Mais en même temps c'était pour moi comme un nouvel éveil. Semblable aux enfants dont les mains vont tâtonnant, quand la lumière qui naît dans leurs yeux fait retour au monde extérieur, j'allais cherchant des mots et des images où saisir ce nouvel éclat des choses dont j'étais ébloui. Jamais auparavant je ne m'était même douté que parler pût à ce point nous tourmenter, et cependant je n'aspirais pas à retrouver une existence ingénue. Quand nous pensons nous envoler, notre bond maladroit nous est plus cher que la marche la plus sûre en un chemin tout tracé. Et j'explique ainsi la sensation de vertige qui souvent me saisissait au milieu de mon effort.
Ernst Jünger, Sur les falaises de marbre.
Ernst Jünger, Sur les falaises de marbre.
mardi 12 mai 2009
Mots-manie (17)
Les mots ne disent pas les choses puisqu'il suffit de changer de mot ou de changer de langue, c'est-à-dire changer de signifiant, pour changer leur signification. En disant matinal, par exemple, je ne dis pas matutinal. Dans matinal on voit se lever le soleil et s'envoler l'alouette, dans matutinal on entend l'alouette chanter et les cloches sonner. Autre exemple: solitude et soledad. Solitude évoque le repli, la discrétion, la petite mort de l'oubli, alors que soledad sonne d'un éclat romantique et remplit le désert de son écho. Le français est sourd où l'espagnol est sonore. Le mot désir en français est comme une coupure, on en sent moins la déchirure que la "dessirure" ardente (désir rime avec azir ou asir -du latin "assum", brûlé). Dans l'anglais desire (dizaie) , au contraire, non seulement on sent cette déchirure permanente du désir, mais on l'entend, et le cri même de la douleur qui l'accompagne, et on en voit les "haillons" (cf la chanson du groupe U2). Donc les choses dites ou écrites n'existent que par l'arbitraire des mots. L'art et la réalité sont deux mondes, dont l'un est multiplié à l'infini.
jeudi 12 février 2009
Mots-manie (1)
J'aime tellement les mots que je pourrais être capable d'une malhonnêteté pour en obtenir un...
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