vendredi 18 novembre 2016

Trop bon?

Etre trop bon, est-ce être con? Je ne le crois pas. Le con est un être obscur, fermé sur lui-même, d'une densité de cuir supérieure à la moyenne. Son cerveau reçoit peu de lumière. Encore est-ce une lumière brouillée, hantée de préjugés et de chimères. Le con n'est pas généreux (ou alors il n'est que concon). Le con est au volant de sa science qu'il croit être le savoir, il lui arrive même de lire Marx ou Marc Aurèle, mais c'est pour en rembourrer sa suffisance, et rouler sur les frontières d'autrui. le con croit qu'il a déjà pensé et qu'il n'a plus besoin de réfléchir.
L'homme bon est, à l'inverse, même s'il l'est trop (mais comment peut-on être "trop" bon?) quelqu'un qui ne vit pas que dans un corps, le sien, avec toutes ses limites. Il a de l'imagination : son espace mental est vaste, mais son esprit est mesuré. Il sait modaliser ses expériences, con-sentir à l'autre, sentir avec lui. L'homme bon ne généralise pas, il distingue. Il ne solennise jamais. L'homme bon est d'abord généreux avec lui-même, car la générosité n'est entière qu'universelle : en pénétrant le coeur des autres, l'homme bon explore son propre cœur.
Faudrait-il régler sa bonté comme on règle sa montre? Ce ne serait plus une bonté mais un calcul. La bonté ne tolère pas d'autre adverbe que trop. C'est bien ce que pensait Orgon, le père de Silvia, l'héroïne du Jeu de l'amour et du hasard : Dans ce monde, il faut être un peu trop bon pour l'être assez." Et qu'on ne prenne pas l'un peu pour une restriction, car c'est un signe de modestie. Lhomme bon est aussi un homme humble.

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