Nous ne pouvons penser le futur sans penser à notre fin : aussi toute pensée du futur est-elle angoisse, et toute angoisse est-elle, par essence, tournée vers le futur.
La pensée du passé, au contraire, est sereine et apaisante. Le passé a été donné, nous le connaissons, il est pour nous image stable et objet de science certaine. Comment aimer l'avenir, s'il n'est pour nous qu'absence, si nous ne savons pas ce qu'il sera? Mais on peut aimer le passé puisqu'il est déterminé, puisqu'il s'offre comme chose. On peut le concevoir, puisque nos souvenirs nous le décrivent. On peut, en lui, éclairer sans cesse des détails nouveaux. Il n'y a ici plus de danger pour notre action, plus d'incertitude pour notre esprit. Le passé ne contient pas de risque, et sa pensée est repos. Nous voici devant un réel qui ne peut que nous plaire, réel qui se présente en soi, que nous pouvons revivre par mémoire sans effectuer l'effort qui nous empêcha jadis d'en goûter le prix, sans éprouver l'inquiétude qui nous dissimula la beauté des instants anciens lorsqu'ils étaient chargés de l'avenir qui allait les suivre. Et, alors que le futur contient notre mort, le passé contient notre être.Là est tout ce que nous avons été, toute l'histoire de notre vie, tout ce qui donne un contenu à ce que nous pensons lorsque nous disons moi. Aussi toute image du passé est-elle émouvante et belle. Les moindres détails s'y colorent d'une lumière de légende, propre aux spectacles que nous pouvons contempler sans agir. Délivrée de l'action et rendue au repos, notre pensée coïncide avec son contenu, se sent conforme au réel lui-même. Elle retrouve sa certitude et sa personnalité. Comment s'étonner dés lors que nous préférions ce calme et cette joie aux incertitudes du risque, et cet être qui fut le nôtre à ce qui sera notre néant?
Ferdinand Alquié, Le désir d'éternité.
Inscription à :
Publier les commentaires (Atom)
Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire