mercredi 14 août 2019

Horizons (46)

L'Universel de la beauté ne peut se communiquer au sujet que dans l'obsession du particulier. Il n'y a pas de regard qui atteigne le Beau où ne soit associée l'indifférence, voire presque le mépris pour tout ce qui n'est pas l'objet regardé. Ce n'est que par l'aveuglement et l'injuste fermeture du regard aux prétentions émises par tous les existants qu'il est rendu justice à tel ou tel d'entre eux. Dans le même temps où il est accepté avec ses limites, c'est-à-dire comme ce qu'il est, ses limites sont comprises comme étant son essence et elles sont ainsi rachetées et réconciliées. Le regard qui s'absorbe dans la contemplation d'une beauté singulière est un regard sabbatique: il sauve dans son objet quelque chose du repos du Jour où il a été créé. Mais quand ces limites de l'existant sont dépassées au nom d'une conscience de l'Universel importée de l'extérieur, quand le particulier est bousculé, remplacé, remis à sa place - c'est pour le regard juste qui embrasse l'ensemble une façon de faire sienne l'injustice universelle qu'il y a dans le caractère interchangeable du particulier et dans la possibilité même de le remplacer. Certes, aucune pensée n'est dispensée d'une telle intrication dialectique, ni n'a le droit de rester bornée. Mais tout dépend de la façon dont se fait la transition. Le mal vient d'une pensée qui fait violence aux choses... (suite in Horizon 47).

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