vendredi 16 octobre 2020

Enfance

 Moi qui n'ai pas eu de père, j'ai bien aimé être un enfant. Je n'ai eu à tuer personne. Des femmes, des cousins, des copains m'ont "élevé". Une abeille, une fourmi cigalière et des papillons. Des papillons les enfants, des butineurs. La vie comme une fleur renouvelée. Joseph Heller, dans Panique, dit: "J'ai enfin trouvé ce que je voulais devenir plus tard: un petit garçon." Moi, je voulais être aviateur, comme Biggles, ou cow-boy, comme Gary Coupeur. C'était sérieux: à 11 ans j'ai écrit un western et, à 13, un roman de guerre dont le héros était un pilote de chasse. Mais je suis sûr aujourd'hui que Biggles ou Gary aurait souhaité se revoir en barboteuse bleue.

Ce qui m'a permis de "grandir", alors que je ne voyais que peu d'inconvénients à rester "petit", c'est que je croyais à la transcendance des "grandes personnes". J'ignorais alors que Malraux allait dire un jour qu'il n'y en avait pas. J'ignorais, bien sûr, que l'adulte n'est que ce qui reste de l'enfant, et qu'une enfance étriquée accouche d'une vie d'adulte riquiqui.

A 12 ans, on n'a plus rien d'essentiel à apprendre, mais on ne le sait pas. C'est toujours grand qu'on voudrait être petit. Car grandir c'est en réalité réduire sa belle voilure et perdre en extension ce qu'on croit gagner en compréhension.

Adultes malheureux et malheureux adultes, vous êtes trop "grands" maintenant pour être consolés. Votre terre-neuve enfantine aurait dû s'élargir avec vous; hélas, elle n'est plus qu'un terrier charogneux...

Entrez dans la vive enfance, c'est un plus beau pays que celui de la rance adolescence ou du plat adultat.

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