(Suite du 9 et fin) - Durant ces quelques secondes de silence, Thétis primitive, mer trouble et muette, se déterminait le point où la courbe de l'humanité allait basculer. Quel bonheur de prendre part à la bataille qui décide le sort de ta patrie. Quelle horreur, quel effroi, de se lever de toute sa taille face à la mort, ne pas fuir la mort mais courir à sa rencontre. Que c'est effrayant de mourir jeune. Envie de vivre. Il n'est pas au monde de désir plus fort que le désir de sauver une vie, une vie jeune, une vie qui a encore si peu vécu. Ce désir ne vit que dans les pensées, il est plus fort que la pensée, il vit dans la respiration, dans les narines, les yeux, les muscles, l'hémoglobine avide d'oxygène. Ce désir est si grand que rien ne peut lui être comparé, il ne peut être mesuré. La peur. La peur avant l'attaque.
Vassili Grossman, Vie et destin, Poche, p. 869.
samedi 27 novembre 2021
Attaque (10)
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