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mardi 14 février 2023

Figures (2598)

 [Suite du 2597] - De nuit, son premier assaut: "On se jeta dehors en tombant, en s'accrochant, en criant. On se jeta dans la nuit froide, sifflante, dans la nuit en déflagration, la nuit pleine d'obstacles, d'embuscades, de tronçons et de clameurs, la nuit qui cachait l'inconnu et la mort, rôdeuse muette aux prunelles d'éclatement, cherchant ses proies terrifiées.   (À suivre)
Id, ib. p.88.

samedi 27 novembre 2021

Attaque (10)

 (Suite du 9 et fin) - Durant ces quelques secondes de silence, Thétis primitive, mer trouble et muette, se déterminait le point où la courbe de l'humanité allait basculer. Quel bonheur de prendre part à la bataille qui décide le sort de ta patrie. Quelle horreur, quel effroi, de se lever de toute sa taille face à la mort, ne pas fuir la mort mais courir à sa rencontre. Que c'est effrayant de mourir jeune. Envie de vivre. Il n'est pas au monde de désir plus fort que le désir de sauver une vie, une vie jeune, une vie qui a encore si peu vécu. Ce désir ne vit que dans les pensées, il est plus fort que la pensée, il vit dans la respiration, dans les narines, les yeux, les muscles, l'hémoglobine avide d'oxygène. Ce désir est si grand que rien ne peut lui être comparé, il ne peut être mesuré. La peur. La peur avant l'attaque.
Vassili Grossman, Vie et destin, Poche, p. 869.

vendredi 26 novembre 2021

Attaque (9)

 (Suite du 8) - Le silence revint. Les hommes qui attendaient le silence pour donner le signal de l'attaque et les hommes prêts, à ce signal, à s'élancer en direction des positions roumaines suffoquèrent dans le silence. (A suivre).
V. Grossman, Vie et destin.

jeudi 25 novembre 2021

Attaque (8)

 (Suite du 7) - Les Allemands dans le ciel au-dessus de Brest, le ciel russe au-dessus des steppes de la Volga... Novikov n'y pensait pas, n'évoquait pas, ne comparait pas. Ce qui se passait en lui était plus important que les comparaisons, les souvenirs, les pensées. (A suivre).
V. Grossman, Vie et destin.

mercredi 24 novembre 2021

Attaque (7)

 (Suite du 6) - L'artillerie se tut. Les nuages de fumée brûlante se mêlaient à l'humidité froide du brouillard sur la steppe.
Et aussitôt, la steppe s'emplit d'un nouveau bruit, tendu, large, modulé: les avions soviétiques volaient vers l'ouest. Leur grondement, vrombissement, hurlement rendait tangible la hauteur du ciel aveugle; les chasseurs et les avions d'assaut blindés volaient au ras du sol, pressés contre la terre par le plafond bas des nuages, mais on entendait dans les nuages et au-dessus les basses profondes des bombardiers invisibles. (A suivre).
V. Grossman, Vie et destin.

mardi 23 novembre 2021

Attaque (6)

 (Suite du 5) - On voyait distinctement, depuis le poste d'observation, les explosions des obus soviétiques, les fumées d'un noir huileux qui montaient: les geysers de terre et de neige, la blancheur laiteuse du feu d'acier. (A suivre).
V. Grossman, Vie et destin.

lundi 22 novembre 2021

Attaque (5)

 (Suite du 4) - Balançant sa queue lourde de poils soyeux, le renard prit la fuite, et le lièvre ne le fuyait pas mais courait à sa suite; oiseaux de nuit et oiseaux de jour, réunis pour la première fois, montèrent dans le ciel... Des mulots mal réveillés surgissaient de leurs trous comme des grands-pères ébouriffés sortant d'une isba en feu. (A suivre).

dimanche 21 novembre 2021

Attaque (4)

 (Suite du 3) - Les maisons de pisé tremblaient, des morceaux d'argile se détachaient des murs, les portes des maisons s'ouvraient et se fermaient d'elles-mêmes, la glace encore fine sur les lacs craquait. (A suivre).
V.Grossman, Vie et destin.

samedi 20 novembre 2021

Attaque (3)

 (Suite du 2) - Les canons lointains et les canons proches unirent leurs voix, et l'écho renforçait leur lien, élargissait l'entremêlement des sons qui emplissaient tout le volume de l'énorme espace de bataille. ( A suivre).
V. Grossman, Vie et destin.

vendredi 19 novembre 2021

Attaque (2)

Le silence était dense, sans partage, et il semblait qu'il n'existait ni steppe ni brouillard, ni Volga, mais le silence et rien d'autre. Une lueur parcourut les nuages sombres, puis le brouillard, de gris qu'il était, devint pourpre et soudain le tonnerre s'empara de la terre et du ciel... (A suivre).
V. Grossman, Vie et destin, Poche, p. 867.

jeudi 18 novembre 2021

Attaque (1)

 [Avant l'attaque]. Tout est vide. Je ne peux pas sentir autre chose, exprimer autre chose que cela. Tout ce qui emplit le monde, d'ordinaire, ce flux de sensations, de pensées et de souvenirs que charrie chaque seconde du temps, il n'y a plus rien, rien. Même pas la sensation creuse de l'attente; ni l'angoisse, ni le désir obscur de ce qui pourrait advenir. Tout est insignifiant, n'existe plus: le monde est vide.
Maurice Genevoix, Ceux de 14, Les Eparges.