mercredi 2 juillet 2025

Figures (3324)

 Il dit, sous forme de conseil à un jeune écrivain, qu'il ne faut pas trop s'attacher à des détails historiquement datés, à des usages qui sont en perpétuelles vicissitudes, écrire en se référant uniquement aux grandes choses qui ne passent pas, à la nature, à la vérité de l'homme. Cela paraît rétrograde. Mais sur le plan du style, c'est moderne justement parce que l'écrivain prend alors modèle non sur les auteurs de son temps, mais sur la langue d'une ou deux générations avant, et alors le retard donne de l'avance.
J'en ai fait la vérification expérimentale lorsque j'ai édité le texte de Jacques le fataliste [...]. Il y avait un certain nombre de mots ou d'expressions qui dans une édition critique demandent une explication, et je me suis amusé à remonter dans le temps avec les dictionnaires que j'utilisais. Eh bien, la langue écrite dans l'œuvre la plus moderne qui soit de Diderot est déjà fixée dans ses acceptions essentielles en 1690. Il tient à écrire de telle sorte qu'un homme du siècle précédent l'aurait parfaitement compris. Et c'est parce qu'un homme de 1690 aurait pu le lire que, en 1984, nous le lisons comme un contemporain.
Jacques Proust, in Le Monde des Livres du 06/07/1984.

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