Au zinc, les bibards biberonneurs, se gorgeonnent, eux, aux fillettes de blanc.
A. Boudard, Le corbillard de Jules.
mercredi 25 juin 2025
Boire (3)
mercredi 8 décembre 2021
Figures (2341)
Cavanna fait un peu penser à Céline et à Boudard. Pas seulement à cause du langage populo-argotique. A cause de la verve, surtout, de ce va-de-l'avant vertigineux du conteur - du compteur qui tourne à plein régime. Mais il n'a pas ce côté méfiant - renfermé - circonspect- démerdard du jeune Alphonse, chat maigre, chat échaudé; ni, bien sûr, le grand désespoir haineux de Céline. Il est, je ne dirais pas plus "humain" (c'est un peu bête, littérairement parlant), mais sûrement moins catastrophiste, plus chaleureux, plus généreux, plus naïf. Non pas plus humain, donc, mais plus "frère humain" (mieux qu'à la Villon). Il pourrait faire sienne cette phrase qui dit que "le cœur n'a pas d'expérience" et qu'il ne peut que se briser toujours, jamais se bronzer.
samedi 9 janvier 2021
Figures (1170)
— Tu trouves pas que ça suffit comme ça, machin...
Baptiste il en a un peu sa claque du numéro de Pernothorax. Ça fait plusieurs fois qu'on y a droit. Dès qu'il est question d'une bergère, il se lève de sa chaise de cure... hop!il a peur qu'on entrave mal. Ça varie un peu... selon les positions... levrette...duc d'Aumale... bord du lit! il tire, s'agite la langue, nous broute des chattes imaginaires que vraiment on n'en a rien à foutre, que ça nous apprend pas grand-chose. Moi, je suis parfois dans de hautes lectures... que je me cultive au jour le jour, je vous ai expliqué... Il m'interrompt plein Mérimée... le cardinal de Retz... ses mémoires! Je signale la chose aux érudits, s'ils trouvent adéquate une éducation littéraire dans de pareilles condisses. Margouillat qui lime, l'autre qui se pogne... les postes de radio, les cracheurs. Je me trouve finalement du mérite, je le dis tout net... n'allez pas croire que tout me fut cuit, mâché d'avance audiovisuel. Ça explique peut-être cette façon peu orthodoxe de vous raconter... mes phrases en lambeaux, ma ponctuation la godille. Je le vois pas beau, moi, Valéry, s'il avait dû sa Jeune Parque l'écrire avec Margouillat dans sa piaule, et Gide ses menues soties, ses œuvres lyriques!
A.Boudard, L'hôpital, p.228.
vendredi 8 janvier 2021
Figures (1169)
Je profite des creux, des répits de l'hosto pour me dégrossir, me développer un peu l'entendement aux choses de l'esprit... Ce retard que j'ai pour les arts et les belles lettres! Bloqué au niveau certif. Ça me travaille un peu, me complexe cette ignorance de bas Breton. Tout mon temps inerte aux hostos, sanas, prisons, je vais par la suite me l'ensemencer d'œuvres poétiques, romans, mémoires, ouvrages historiques, anthologies, grammaires pamphlets. Ça fera treize quatorze piges en tout, de quoi être agrégé bric-broc. L'école pourtant la plus solide, je m'en rends pas compte sur l'instant, c'est celle que je suis en train de vivre. Les bouquins ça aide à comprendre, mais ce qu'on ne vit pas avec sa viande, ce qu'on ne paie pas cash sur le terrain, c'est jamais que des chochoteries, des grimaces suaves de coquetèles, des bulles de savon, le petit rot après la bouillie...
Alphonse Boudard, L'hôpital, p. 121.
jeudi 7 janvier 2021
Figures (1168)
Boudard n'est pas misanthrope, il est plus profondément "misique" (voir ce qu'il pense des oiseaux, par exemple, dans Saint-Frédo, p. 214). Mais sa "misie" n'empêche pas une sorte de curiosité vitale. Saint-Simon de la roture autant que de l'aristocratie, dégagé des ambitions tant séculières qu'éternelles, il écrit: "Je voulais surtout me faire oublier, observer encore les choses avec une sorte de passion." (Saint-Frédo, p.263).
mercredi 6 janvier 2021
Figures (1167)
Boudard. Toujours le même suif d'anguille, le même penchant pour le biais, la tangente, l'ironie sur le coin ricanante, la figue: "Je contrarie jamais personne. Ma technique... Je m'en fous... Ça sera peut-être mon épitaphe si j'ai une tombe hors de la fosse commune. Je m'en fous!" (Le café du pauvre).
mardi 5 janvier 2021
Figures (1166)
Depuis le début, à la communale avenue de Choisy, je me suis toujours abouché, acoquiné avec la fine fleur du ruisseau. Mes classes, je les ai suivies dans le fond, près du poêle... Ce n'est pas une image, en compagnie des attrapeurs de mouches, des forcenés onanistes... les idiots, les petits vicelards,les ronfleurs, les malpropres, les malpolis, mal embouchés... ceux qui jactent l'argomuche... qui se surnomment Bébert, Dédé, Lulu, Loulou, Mimile, Roro, Riton... ça fleure déjà le sobriquet pour la Tour Pointue... la fiche anthropométrique... les galères!
Alphonse Boudard, Les combattants du petit bonheur.
lundi 4 janvier 2021
Figures (1165)
Ni intellectuel encanaillé ni Papillon fafiotant, Boudard est le sain individu ordinaire, un peu Gavroche, un peu Candide, qui tâte le monde sans oublier sa garde, et que le monde moleste assez fort malgré tout, parce qu'il est dur, sur l'océan, de n'être qu'un petit navire. Boudard fait mouche (son personnage touche) dans la mesure où il est l'image précise, marquée, soulignée de la condition de l'homme moyen affronté aux vicissitudes de notre temps; l'image du petit fourré dans les gros coups, et qui s'entête à vivre - sans illuse.
dimanche 3 janvier 2021
Figures (1164)
Le grotesque, chez Boudard, oscille entre celui de Breughel l'Ancien et celui de Jacques Callot. Il a la densité charnelle, le réalisme volontairement lourd du premier et, en même temps, la précision quasi clinique du trait, caractéristique de la virtuosité retenue du second.
samedi 2 janvier 2021
Figures (1163)
Boudard joue les hommes dans les coins; ce n'est pas méchant, mais littérairement un peu faible. Ce qui est fort, c'est la présence qu'il donne, en quelques coups de plume, à tous ses personnages.