Je t'ai toujours connu grand brûlé. Tu te faisais mal dans ton coin. Tu étais presque infirme dans le monde. Je te voyais venir avec toutes ces mythologies bidon de James Dean. Tu la trouvais belle, la mort, bien garce, offerte Il fallait que tu exploses, que tu te désintègres. Tu allais à une autre vitesse, avec une autre tension. Chaque jour, tu ressassais les mêmes merdes, les mêmes horreurs dans ton crâne. À la fin, forcément, tu deviens fou. Tu te débats, tu te cognes contre tous les murs. Dans Série noire, tu te précipites la tête contre le pare-brise de ta voiture. J'ai toujours mal en repensant à cette scène.
Gérard Depardieu, Lettres volées.
Affichage des articles dont le libellé est Depardieu. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Depardieu. Afficher tous les articles
mercredi 21 mai 2025
Figures médiatiques (3299)
lundi 7 avril 2025
Figures médiatiques (3261)
Ce n'est pas parce qu'il est Depardieu que Gérard se permet tout, c'est parce que Gérard se permet tout qu'il est Depardieu.
Yann Moix 100.125 (2019)
dimanche 18 mars 2018
Faits et dits enfantins (624)
Marie (17 ans) me dit : "Quand je viens de voir Mamie pendant un certain temps, ch'uis emplie d'elle, tu vois. J'ai son image devant les yeux qui ne me quitte pas. Un jour, en rentrant à la maison, j'ai écrit quelque chose là-dessus".
Bastien (11 ans) regarde L'aigle des mers (1940), de Michael Curtiz, et dit, voyant Errol Flynn : "Vous ne trouvez pas qu'il ressemble à Depardieu?"
Il dit : "Je ne vois pas pourquoi j'aurais du respect pour Chirac. Il n'est pas mon président puisque je ne suis pas encore citoyen".
Bastien (11 ans) regarde L'aigle des mers (1940), de Michael Curtiz, et dit, voyant Errol Flynn : "Vous ne trouvez pas qu'il ressemble à Depardieu?"
Il dit : "Je ne vois pas pourquoi j'aurais du respect pour Chirac. Il n'est pas mon président puisque je ne suis pas encore citoyen".
vendredi 16 mars 2018
Figures médiatiques (150)
Depardieu vu par Chabrol à l'époque de Bellamy : "Gérard fait partie des gens pour lesquels les autres existent. Il sent la nécessité d'un vrai rapport, c'est pour cela qu'il a besoin de les toucher physiquement. Il cherche à cacher, la question est de savoir pourquoi il veut cacher. Il a tellement envie de s'occuper des autres et c'est si difficile, il faut tellement s'inquiéter de soi-même aussi, que ça l'angoisse, il a peur de ne pas être à la hauteur. J'ai énormément de faiblesse pour lui. La phrase sur la dignité - "J'ai trouvé une certaine forme de dignité à me mépriser moi-même" est la clé du film. Je lui ai dit avant de tourner que c'était en un sens la façon que j'ai de le voir, même si dans son cas il s'agit non de mépris, mais d'autodérision. - je le lui ai dit pour qu'il ne soit pas gêné. et quand il l'a prononcée, j'ai eu un frisson dans le dos."
Propos recueillis par Pascal Mérigeau in Le Nouvel Obs 2311 du 19/02/09.
Propos recueillis par Pascal Mérigeau in Le Nouvel Obs 2311 du 19/02/09.
mardi 4 mai 2010
Delépine, Depardieu, Kervern et Mallarmé ("Alestissez-vous!"( 1) )
Avec sa tronche de vieux verrat muflé d'un groin de sanglier, Depardieu ne déforme pas le cadre d'une des premières scènes de Mammuth: son pot de départ à la retraite, filmé dans une authentique usine de charcuterie porcine, avec discours bafouillé et convenu du (vrai) directeur, sur fond choral de grignotage.Ca ne sent pas l'allégresse, ni même le soulagement. On rit du bout des dents, redoutant la grolanderie cinégraphiée (c'est un film de Delépine et Kervern), mais on est vite rassuré par la dignité un peu hébétée du "verrat", que désormais on ne verra plus comme tel. Ce gros vieusard fourbu, qu'on soupçonne de neurasthénie, a heureusement au fin fond de lui-même un reste d'illumination (ou de petite lumière) enfantine qui toute sa vie l'a empêché de s'anamorphoser au miroir de ses emplois successifs.Il a, de plus, une épouse, Yolande Moreau, aussi solaire qu'il est lunaire, une bouleuse, un cheval de fatigue, qui ne craint rien ni personne, sauf l'odeur du poisson, et l'aboulie d'un compagnon désactivé (qu'elle menace de "devoir passer de l'homéopathie aux tranquillisants") : pour occuper son homme, elle l'envoie sur les routes, quêter ses "points de retraite".
Alors la beauté survient: à cheval sur sa Münch 1200 Mammuth, cheveux à la "Wrestler"au vent, Serge fait décoller sa vie et jaillir la poésie. Non pas une poésie pour magazine sur papier glacé mais une poésie qui embrasse la croûte autant que la mie, une poésie dont on sent le grain sur la pellicule elle-même. On passe du franc choux-lard au road-movie, presque à l'éther. On voit le ciel, les "merveilleux nuages", on sent le soleil, le paysage défile sans jamais s'accrocher. Il est libre, Serge. Bien sûr, il lui faut aller frapper aux portes de ses anciens employeurs, tout au moins ceux qu'il retrouve ou qui veulent bien le recevoir, mais l'essentiel n'est pas le but, c'est le chemin; et ce vieux bestiau de Serge au coeur de saindoux-que tout le monde a toujours traité de con ou d'abruti-, à la différence de Kafka(2), et grâce à une nièce bellement folle (Miss Ming, fondante) et forte d'une fragilité intraitable, ce faux bibard, faux bouffeur (il est énorme, mais à la manière d'un bloc "chu d'un désastre obscur", car on ne le voit guère boire, et jamais sous nos yeux il ne porte un morceau à sa bouche) , ce "calme bloc" peu à peu s'anime, apprend, retrouve.
D'abord, il retrouve son premier amour, tragiquement disparu (elle est morte sur la moto qu'il conduisait), qui l'exhorte à vivre, à oser, à jouir enfin de sa graisse et de ses os (comme aurait dit Whitman) - c'est Adjani, magnifique visage ensanglanté, spectre hors du temps-, ensuite il apprend à ouvrir tous les orifices de son corps, pour y faire entrer l'oxygène, les parfums, les couleurs, les vents du plaisir, ceux qui rendaient si rapides les chevaux andalous, car (raconte Brantôme) ils pénétraient la "nature" de leurs mères pour les concevoir! et les bruits légers d'une fête intérieure permanente. Il s'anime en s'ouvrant au monde, non le monde asséché et dévitalisé du rendement, des cotes boursières et des prescriptions financières , mais le monde que le hasard ou Dieu a fait pour ses pauvres et aventureuses créatures.
Ce film est plus important qu'il n'en a l'air, plus ambitieux qu'il ne s'annonce. Il montre sans la moindre esbroufe qu'il est possible d'imaginer une oeuvre qui soit à la fois belle et généreuse, qu'une démarche démystifiante n'est pas condamnée aux lourdeurs pachydermiques de la caricature, qu'on n'a pas seulement le choix entre la crotte du marché et la bouse de sa réplique, les cymbales financières et les six sous grolandais (dont Mammuth se "trashe" très peu, d'esquisses non appuyées, et d'ailleurs plus loufoques, voire émouvantes -cf la scène du restaurant où tout le monde pleure- que "sales").
En art (si c'est véritablement en artiste qu'on veut peindre et signifier) il faut faire cet écart nécessaire qu'on appelle le détour ou le pas de côté. L'art, pour citer encore Mallarmé, "c'est regarder l'azur en mourant de faim", et c'est ce que fait aussi le personnage qu'incarne Depardieu, prodige nouveau, Moloch aux dents mousses, défraîchi, râpé, certes, mais non obsolète. Depardieu tel qu'en lui même enfin sa vérité le change.
Un dernier mot: s'il est vrai que la meilleure musique d'un film est la musique muette qui émane du film lui-même, Mammuth n'en manque pas. S'y ajoute malgré tout la très jolie ballade composée par Gaëtan Roussel (du groupe Louise Attaque)...Une B.O. alestissante.
(1) Pascal.
(2) Pour qui il y avait un but, mais pas de chemin.
Alors la beauté survient: à cheval sur sa Münch 1200 Mammuth, cheveux à la "Wrestler"au vent, Serge fait décoller sa vie et jaillir la poésie. Non pas une poésie pour magazine sur papier glacé mais une poésie qui embrasse la croûte autant que la mie, une poésie dont on sent le grain sur la pellicule elle-même. On passe du franc choux-lard au road-movie, presque à l'éther. On voit le ciel, les "merveilleux nuages", on sent le soleil, le paysage défile sans jamais s'accrocher. Il est libre, Serge. Bien sûr, il lui faut aller frapper aux portes de ses anciens employeurs, tout au moins ceux qu'il retrouve ou qui veulent bien le recevoir, mais l'essentiel n'est pas le but, c'est le chemin; et ce vieux bestiau de Serge au coeur de saindoux-que tout le monde a toujours traité de con ou d'abruti-, à la différence de Kafka(2), et grâce à une nièce bellement folle (Miss Ming, fondante) et forte d'une fragilité intraitable, ce faux bibard, faux bouffeur (il est énorme, mais à la manière d'un bloc "chu d'un désastre obscur", car on ne le voit guère boire, et jamais sous nos yeux il ne porte un morceau à sa bouche) , ce "calme bloc" peu à peu s'anime, apprend, retrouve.
D'abord, il retrouve son premier amour, tragiquement disparu (elle est morte sur la moto qu'il conduisait), qui l'exhorte à vivre, à oser, à jouir enfin de sa graisse et de ses os (comme aurait dit Whitman) - c'est Adjani, magnifique visage ensanglanté, spectre hors du temps-, ensuite il apprend à ouvrir tous les orifices de son corps, pour y faire entrer l'oxygène, les parfums, les couleurs, les vents du plaisir, ceux qui rendaient si rapides les chevaux andalous, car (raconte Brantôme) ils pénétraient la "nature" de leurs mères pour les concevoir! et les bruits légers d'une fête intérieure permanente. Il s'anime en s'ouvrant au monde, non le monde asséché et dévitalisé du rendement, des cotes boursières et des prescriptions financières , mais le monde que le hasard ou Dieu a fait pour ses pauvres et aventureuses créatures.
Ce film est plus important qu'il n'en a l'air, plus ambitieux qu'il ne s'annonce. Il montre sans la moindre esbroufe qu'il est possible d'imaginer une oeuvre qui soit à la fois belle et généreuse, qu'une démarche démystifiante n'est pas condamnée aux lourdeurs pachydermiques de la caricature, qu'on n'a pas seulement le choix entre la crotte du marché et la bouse de sa réplique, les cymbales financières et les six sous grolandais (dont Mammuth se "trashe" très peu, d'esquisses non appuyées, et d'ailleurs plus loufoques, voire émouvantes -cf la scène du restaurant où tout le monde pleure- que "sales").
En art (si c'est véritablement en artiste qu'on veut peindre et signifier) il faut faire cet écart nécessaire qu'on appelle le détour ou le pas de côté. L'art, pour citer encore Mallarmé, "c'est regarder l'azur en mourant de faim", et c'est ce que fait aussi le personnage qu'incarne Depardieu, prodige nouveau, Moloch aux dents mousses, défraîchi, râpé, certes, mais non obsolète. Depardieu tel qu'en lui même enfin sa vérité le change.
Un dernier mot: s'il est vrai que la meilleure musique d'un film est la musique muette qui émane du film lui-même, Mammuth n'en manque pas. S'y ajoute malgré tout la très jolie ballade composée par Gaëtan Roussel (du groupe Louise Attaque)...Une B.O. alestissante.
(1) Pascal.
(2) Pour qui il y avait un but, mais pas de chemin.
Inscription à :
Articles (Atom)