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vendredi 28 juin 2024

Figures (3044)

 Nous rêvons d'un âge d'or où le pouvoir de créer nous serait donné avec l'existence. De ce désir, de ce rêve, Corot est l'une des figures.
Max-Pol Fouchet, Corot.

vendredi 4 février 2022

Le diable n'existe pas (M. Rasoulof)

 Ce film est le chef-d'œuvre de ce début d'année. Quatre histoires, quatre cas de conscience (Mohammad Rasoulof pratique un cinéma de la conscience - cf  Un homme intègre), une intensité permanente, même dans la première histoire où, jusqu'aux dernières secondes, glaçantes, il ne se passe rien que d'ordinaire, la tension est palpable. Rasoulof est un secoueur d'âmes. Tuer, même sur ordre, est-il légitime? "Un homme, ça s'empêche", disait le père de Camus. Mais on doit obéissance à l'Etat, ce monstre froid.
Est-ce bien sûr? Chacun peut choisir de désobéir. C'est ce qu'on appelle un dilemme, un couteau à deux lames dont l'une au moins nous est destinée. Les personnages du film, affrontés à ce dilemme, ne font pas tous le même choix, mais la conscience de chacun est tourmentée, car il n'y a pas de déterminisme de la conscience. La conscience, c'est emmerdant, comme disait Max-Pol Fouchet, mais c'est plus précieux que l'intelligence: entre l'âme animale et l'esprit divin, c'est notre propriété spécifique. Mohammad Rasoulof, sans le moindre didactisme, nous fait battre le cœur, parce qu'il nous jette au feu de nous-même et nous fait ressentir que le hasard de la légalité est un bâtard, que seule est légitime la conscience, et c'est bouleversant. (A la suite de son précédent film, Rasoulof a été emprisonné un an par les mollahs, et Le diable n'existe pas a été interdit de projection en Iran, mais a beaucoup circulé sous le manteau.)