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mercredi 12 novembre 2025

Bonheur et malheur (20)

 On ne vit pas pour être heureux, on est heureux parce qu'on vit, et on vit pour affiner sa conscience. Comment pourrais-je être heureux quand je vois l'autre malheureux?   99.99   (2015)

vendredi 3 octobre 2025

Bonheur (72)

 C'est du bonheur d'être bouleversé et de ne plus rien savoir. Mais avoir encore un petit coin de conscience qui toujours sait ce qui se passe, qui, parce qu'il sait, permet à tout l'être intellectuel et raisonnable d'avoir aussi à chaque seconde quelque chose du bonheur qui arrive, avoir ce petit coin de conscience qui apprécie lentement l'évolution de la joie, la suit jusqu'à ses fins les plus extrêmes, n'est-ce pas du bonheur? Il y a un petit coin qui ne vibre pas, mais ce petit coin reste le témoin de la joie ressentie. C'est lui qui se souvient et qui peut dire: j'ai été heureux et je sais pourquoi. Je veux bien perdre la tête, mais je veux saisir le moment où je perds la tête et pousser la connaissance au plus loin de la conscience qui abdique. Il ne faut pas être absent de son bonheur.
Marcelle Sauvageot, Laissez-moi, Libretto, p.39.

mercredi 2 octobre 2024

Figures (3107)

 Jean Daniel fait partie de ces amis qu'on regarde d'un œil sévère, pour qu'ils restent à la hauteur de notre estime. Le Jean Daniel qui agace Régis Debray, c'est celui qui cède parfois à la tentation du name-dropping. Le Jean Daniel qu'il aime, c'est l'homme probe, tenace, curieux, fidèle, amène, exigeant, chez qui "la conscience a plus d'une fois déjoué la consigne" (Modernes catacombes, p. 149). Parce qu'elle fait régulièrement son examen: "Objectiver ses certitudes personnelles, en l'occurrence, c'est les subjectiver. Les rendre à leur genèse, leurs tremblements, leurs remords"(p. 148).

vendredi 10 mai 2024

Écrivains (117)

 [Suite du 116] - L'écrivain n'est ni un saint ni un tsadik ni un prophète montant la garde; il n'est rien qu'un pécheur comme un autre doté d'une conscience à peine plus aiguisée et d'un langage un peu plus précis dont il se sert pour décrire l'inconcevable réalité de notre monde. Il n'invente pas un seul sentiment, pas une seule pensée - tout cela existait longtemps avant lui. Il ne vaut pas mieux que ses lecteurs, pas du tout - il est parfois bien pire -, et c'est ce qu'il faut.    (À suivre)
Id, ib.

lundi 4 décembre 2023

lundi 27 novembre 2023

Beauté (78)

 [Suite du 27 et fin] - Ainsi de l'esprit de ressource contre la duperie et la paralysie: et du plaisir, de la joie, et de l'amour: et l'être humain qui est privé de ces dons, et de cet état de conscience, est privé presque de l'existence elle-même.
James Agee, Louons maintenant les grands hommes.

mercredi 28 juin 2023

Baroque (44)

 Quand je dis que je n'aime pas le baroque, ça ne veut pas dire que je n'aime ni Mozart ni Casanova. Je n'aime pas le baroque sans point de vue. Il n'y a pas d'art sans un minimum de conscience... de soi.   62.19-20

mercredi 19 avril 2023

Barbe (2)

 L'ombre de barbe soigneusement défrichée sur son visage de paraffine semblait une ombre de sa conscience.
Gabriel Garcia Marquez, Cent ans de solitude.

dimanche 18 septembre 2022

vendredi 4 février 2022

Le diable n'existe pas (M. Rasoulof)

 Ce film est le chef-d'œuvre de ce début d'année. Quatre histoires, quatre cas de conscience (Mohammad Rasoulof pratique un cinéma de la conscience - cf  Un homme intègre), une intensité permanente, même dans la première histoire où, jusqu'aux dernières secondes, glaçantes, il ne se passe rien que d'ordinaire, la tension est palpable. Rasoulof est un secoueur d'âmes. Tuer, même sur ordre, est-il légitime? "Un homme, ça s'empêche", disait le père de Camus. Mais on doit obéissance à l'Etat, ce monstre froid.
Est-ce bien sûr? Chacun peut choisir de désobéir. C'est ce qu'on appelle un dilemme, un couteau à deux lames dont l'une au moins nous est destinée. Les personnages du film, affrontés à ce dilemme, ne font pas tous le même choix, mais la conscience de chacun est tourmentée, car il n'y a pas de déterminisme de la conscience. La conscience, c'est emmerdant, comme disait Max-Pol Fouchet, mais c'est plus précieux que l'intelligence: entre l'âme animale et l'esprit divin, c'est notre propriété spécifique. Mohammad Rasoulof, sans le moindre didactisme, nous fait battre le cœur, parce qu'il nous jette au feu de nous-même et nous fait ressentir que le hasard de la légalité est un bâtard, que seule est légitime la conscience, et c'est bouleversant. (A la suite de son précédent film, Rasoulof a été emprisonné un an par les mollahs, et Le diable n'existe pas a été interdit de projection en Iran, mais a beaucoup circulé sous le manteau.)


dimanche 23 février 2020

Antimétaboles (48)

La conscience de nos illusions n'est peut-être qu'une illusion supplémentaire de notre conscience.

mercredi 24 mai 2017

Estacadres (65)

A courage émoussé conscience aiguisée.
                  mordu                       mordante.
                  tranché                      tranchante.
                  cuit                            crue.
                  rentré                         saillante.
                  mort                           vive.
Etc.


mardi 11 septembre 2012

Cherchez Hortense (un héros musilien)

   "Est-ce ainsi que les hommes vivent?" pourrait être une bonne épigraphe aux films de Bonitzer. Dans Rien sur Robert (1), le héros (Luchini) est un arrogant mouché peu à peu saisi par l'angoisse et qui, après nous avoir agacés, nous touche. Dans Cherchez Hortense, le héros est, aussitôt qu'il apparaît, à la fois flottant et attachant (on voudrait l'arrimer près d'un charmant rivage, le rendre un peu plus présent à lui-même; non pas l'arracher à son ailleurs mais lui apporter cet ailleurs qui le trouble et le rend incertain). Bacri est l'interprète idéal de ce héros vague et indéterminé - mais pas assez "japonais" pour jouir du "présent des choses présentes" (saint Augustin) .
  Il n'a pas décidé, comme Ulrich (l'homme sans "qualités" de Musil), de "prendre congé de sa vie", c'est plutôt sa vie qui semble l'avoir lentement débarqué. Il feint de vivre comme vivent ses congénères dans leur (in)confortable (intellectuellement) cocon bobo. En réalité il dérive. Il semble étranger à lui-même et, comme le héros musilien, "privé de centre". Il sent, sans pouvoir l'exprimer, que "la  vie est ailleurs", sa vie à lui, tout au moins. Et cet homme "empêché", voire "incapable" aux yeux de ses co-vivants, finira par trouver le ressort, l'impulsion intérieure qui lui manquait pour ébranler sa vie, s'ébranler lui-même, agir, prendre sa conscience malheureuse par le cou, non pour l'étrangler, mais pour la diriger, l'accompagner, l'accoler, l'emmener à ses côtés sur les chemins du monde.
   Etranger à lui-même, il ne revendique pas cette étrangeté comme aurait fait Ulrich, il l'apprivoise, ouvre ses portes à un autre possible, un autre amour. Dans ce domaine comme dans beaucoup d'autres, nul n'est à l'abri d'une illusion qui n'aurait pour elle que sa nouveauté, mais l'illusion est le moteur de la vie, et la conscience de nos illusions n'est guère utile dans la mesure où elle n'est qu'une illusion supplémentaire de notre conscience.
   Damien (Bacri) sait qu'aucun absolu n'existe (c'est au fond  ce qui le rend si triste, presque hagard, résigné à son intranquillité), jusqu'au jour où le réel, qu'il croyait brumeux, le gifle. C'est alors qu'il sent que sa mauvaise conscience n'est qu'un confort de plus, dont il faut sortir, par choix apparemment arbitraire, par une illusion neuve, et la soumission volontaire à l'ironie d'un nouvel objet.
   Ironie sincère d'un "objet" lui-même soumis aux aléas du souci, de l'inquiétude, de la dérive involontaire - politique et policière.Mais d'un "objet" (lumineuse Isabelle Carré) armé d'un doux sourire de combat. Cette "sans-papiers" bosniaque élevée en France comme moi et vous, c'est dans une inquiétude matérielle et bien réelle qu'elle survit. C'est elle pourtant qui donne à Damien le courage de prendre la pauvre existence qui lui incombe à bras-le-corps, c'est elle qui le trouve "chiffonné" et qui, par le miracle de son existence, va défroisser cette fripe meurtrie qu'il semblait être devenu.
   Dieu n'est pas une machine. Il a créé le monde d'une façon mais il aurait pu le créer d'une autre. C'est ce que pensait le jeune Ulrich en rédigeant, adolescent, une dissertation fort critique (et critiquée) sur le sentiment patriotique. "Gott mit Uns ", "Dieu est français" sont bien sûr des rigolades qui n'apparaissaient pas telles à la veille de la Grande Guerre, sauf à quelques-uns. Nous n'avons pas de tutelle métaphysique, d'ange gardien, de voix intérieure qui viendrait nous guider. Le hasard nous porte, nous déporte, nous transporte. C'est à nous seuls de saisir aux cheveux la chance qui passera peut-être un jour. Damien se réveille après deux claques qu'un réel aux arêtes bien taillantes lui flanque: sa femme le trompe, il prend la décision de la renvoyer. Le sort de la jeune femme sympathique, qu'il croise de plus en plus souvent, dépend de lui (il l'ignorait): il va agir. Et secouer son esprit avant de s'en servir pour atteindre à un "possible" non encore advenu mais non pas moins légitime que l'ordre établi des choses. Si "la morale est la faiblesse de la cervelle", comme disait Rimbaud, l'éthique est sa force. Damien finit par penser (Ulrich ne le démentirait pas) que ce n'est pas d'hommes d'action qu'on a besoin (de joueurs de quilles qui prennent "des poses à la Napoléon pour renverser neuf machins de bois" (2) ) mais d'actions d'hommes. D'hommes à l'espèce desquels il appartient. Et c'est en homme, à tous les sens, qu'il agit, qu'il ajoute et qu'il soustrait au monde, qu'il s'engage en conscience, non plus malheureuse cette fois, mais sereine: le hasard est un bâtard, mais la conscience le légitime.

(1) Ce titre permet peut-être d'éclairer le titre énigmatique de Cherchez Hortense: rien sur Robert, puisque le héros s'appelait Didier; cherchez Hortense, et vous ne la trouverez pas! (refus des titres? Humour bonitzérien?)

(2) Musil.

jeudi 17 février 2011

La Leçon d'allemand

Ce livre est considéré comme le meilleur roman de Siegfried Lenz. Le drame ( la tragédie, peut-être) qu'il nous raconte, par le biais d'un narrateur qui se souvient (alter ego de Lenz lui-même?), s'incarne dans un pays rude (le Schleswig) où les sentiments ont l'opiniâtreté maussade des intempéries (pages 245-246, éd. R. Laffont, coll. Pavillons) : "Dans les prés, il n'y avait que des vaches et des moutons. Les vaches, les moutons, cela va de soi et, pourtant, je ne puis omettre de mentionner, à l'arrière-plan, leurs formes tachées de blanc et de noir, leurs silhouettes grises et ébouriffées - se confondant les unes avec les autres au point qu'on ne savait jamais exactement où finissait une bête et où commençait l'autre -, impossible de les omettre car je veux donner une image fidèle de ma plaine. Je ne parle pas de n'importe quel pays mais de mon pays; je ne relate pas n'importe quel malheur mais mon propre malheur; d'une façon générale, je ne parle pas à la légère. Ce qui ne vous tient pas à coeur ne vous engage à rien.
Et c'est pourquoi il me faut un ciel bas, une atmosphère brumeuse, un soleil voilé. Je nous laisse travailler à la cadence d'un ressac paisible; les roseaux bruissent, un vol d'oiseaux passe dans le ciel, le marais mijote à gros bouillons. Le marais, la vase, la vase élémentaire..."
A la frontière indistincte de la terre et de l'eau, l'enracinement des hommes est à la fois lointain et flottant. C'est un pays qui ne flatte pas la vie et n'adoucit guère les moeurs de ses habitants, plus acclimatés à la rage des tempêtes qu'à la musique des coeurs.
Centrales, à tout point de vue, sont les pages 265-270 : des avions anglais viennent mitrailler le village, blessant le frère du narrateur et une vache. Celle-ci doit être abattue. C'est une scène forte et métaphorique, trop longue pour être citée, mais où l'on retrouve le triangle lenzien: la nature, la sensibilité ( induisant la pitié et la conscience - développée ou balbutiante) et l'aveuglement jugulaire. Dans cette scène où l'innocence doit être sacrifiée, le triangle est instable parce que la période est instable. La guerre est faite pour caviarder les consciences, aliéner la conscience collective pour que la cécité disciplinante triomphe (momentanément).
Le devoir d'obéissance, sous un régime totalitaire, amène à réduire l'intelligence du monde et l'expression de la vie. Interdire à un peintre de peindre, c'est interdire aux poumons de respirer. Le policier psychorigide ne pense plus, il obéit. Son humanité est mise sous l'étouffoir d'une conception fallacieuse du devoir. Celui qu'il opprime était son ami, qui l'avait même sauvé de la noyade quand il était enfant. Mais la machine nazie comprime à merveille les poitrines et les cervelles. Le roman de Lenz décrit cette oppression et la résistance active ou passive que lui oppose le libre arbitre des quelques consciences inquiètes (pléonasme) que l'intelligence continue d'irriguer.
Deux fléaux menacent le monde: l'obéissance et le commandement. Exacerbées en période de conflit, ces attitudes ont l'avantage de simplifier tous les rapports puisqu'elles ne font appel qu'au cerveau reptilien. Mais c'est une chiennerie "indécroc-table", même en temps de paix, que ce goût pour le coup de gueule et la queue basse. Le tropisme de l'autorité est tautologique; l'autorité s'autorise elle-même, fabrique les fascismes, rouges, noirs, bruns, et demeure, par-delà les crises, modelant la mentalité des petits chefs, des gardiens et autres mangeurs de jeunes, de curés, de pédés, de "bicots", etc. C'est la dent de chien du chauvinisme, du poujadisme, de l'autodéfense. La rechigne. La "peste émotionnelle", comme disait Reich. Et ceux qui obéissent le font d'autant plus facilement qu'ils rêvent de commander, puisque obéir et commander sont en définitive la même chose, le même fléau, né de la conception pseudo-civilisatrice de la hiérarchie, de l'ordre, de l'encadrement gradué de la vie.
Une telle vision du monde humain est-elle majoritaire? Variable selon les époques? L'occasion de l'avènement du fascisme, du nazisme, du bolchevisme la fait évidemment flamber. Mais décréter le mal irrémédiable, c'est-à-dire naturellement inhérent? Une étude du psychanalyste anglais Money-Kirle ( Psychanalyse et horizons politiques) tendrait à établir que ceux qu'on pourrait appeler les "humanistes" ont été élevés dans un climat tolérant, affectueux, dans une grande liberté de corps et d'esprit; qu'on les rencontre, devenus adultes, dans les professions à caractère artistique ou scientifique. Les "autoritaires", au contraire, occupant la plupart des postes administratifs, ont été élevés strictement dans un carcan psychologique impliquant discipline et obéissance. Les premiers étaient appelés à comprendre, les seconds à se soumettre.
En Allemagne, trois reichs successifs ont accumulé une masse hiérarchique au service de l'Etat, plus lourde qu'un million de marteaux-pilons.

jeudi 2 octobre 2008

Qui vive!

Qu'importe qu'on ait un courage mousse si une conscience aiguë vient le piquer aux fesses?
(On pourrait transformer cet aphorisme en proverbes:
-A courage émoussé conscience aiguisée.
-A courage mordu conscience mordante.
-A courage tranché conscience tranchante.
-A courage cuit conscience crue.
-A courage rentré conscience saillante. Etc.)