Mais les mots [...] mentent. Par exemple: antisémitisme. Léon Poliakov ne met-il pas en doute que l'antisémitisme soit un racisme? Plus exactement, le mot se trompe ou confond: "Comment serions-nous antisémites, disent les Arabes, puisque nous sommes sémites?" Et c'est vrai. Aussi les Occidentaux, ces innocents, ne manquent-ils pas de s'affliger de la méconnaissance d'une telle fraternité, source nécessaire d'amour. Comme s'ils n'avaient jamais entendu parler, jusque dans leur propre maison, de frères ennemis. Poliakov propose: judéophobie. Le terme est d'autant plus judicieux qu'il connote xénophobie et rend compte de la réalité: le destin du peuple juif tient à la Diaspora, mais, du même coup, au fait que, par ses hôtes-même, il fut condamné à être partout l'étranger. Situation et persécution qui ne commencent pas, comme on le croit trop souvent, avec la trentième année de notre ère: c'est dans l'Egypte pré-chrétienne qu'eut lieu le premier pogrom.
Yves Florenne, in Le Monde du 03/04/82.
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dimanche 12 janvier 2020
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