J'aurais souhaité aimer davantage ce bon film. Mais dans sa perfection formelle, il lui manque deux choses: paradoxalement, du mystère (pas de grâce sans mystère). Et, philosophiquement, cette forme kantienne du relativisme qu'on appelle criticisme.
Le thèse, non pas martelée mais répétée, du réalisateur, selon laquelle la masculinité est toxique, semble audacieuse et prometteuse. En réalité elle est délétère. Le mal n'a ni sexe ni genre. S'il est vrai que les femmes sont plus souvent victimes des hommes que l'inverse, on peut établir des proportions, non trancher à l'emporte-pièce et s'attirer les applaudissements des fanatiques de la misandrie. C'est indigne d'un artiste, intellectuel qui plus est. Selon le lieu commun dichotomique inscrit dans l'histoire des mentalités, les hommes seraient des gladiateurs et les femmes des rétiaires? C'est oublier qu'il y a plus de ressemblances entre un homme et une femme pianistes par exemple, qu'entre deux hommes dont l'un serait pianiste et l'autre footballeur. C'est constaté neurobiologiquement.
Sans tomber dans la croyance à une indifférenciation entropique (l'allotropisme est nécessaire à l'aimantation, la séduction des individus - s'agissant, bien sûr, d'hétérosexualité) il faut bien admettre que le sexe n'est pas le seul déterminant intellectuel, moral, social, etc. Mais cela est d'une telle évidence!
Si l'homme est la mesure de toute chose, la femme en est le fur. Et on se doit d'inverser la proposition.
Ce qui devrait nous épater, c'est qu'après tant de millénaires, les hommes aient encore du goût pour les femmes et réciproquement. Tchekhov, qui n'était ni misogyne ni misanthrope, le notait sagement dans ses carnets: "Sans la compagnie des hommes, les femmes se fanent; sans la compagnie des femmes, les hommes deviennent bêtes."