[Suite du 14 et fin] - Un homme laid, c'est toujours un faible ou un infirme, et encore est-il moins laid, en ces cas, que ridicule ou pitoyable. Ce qui fait vraiment la laideur d'un homme, c'est le sentiment qu'il a d'être laid et sa manière d'en souffrir. La satisfaction de soi arrange presque les choses, quand il n'y a pas trop à arranger. Un laid qui fait l'avantageux a je ne sais quoi qui chatouille et met en appétit, comme l'odeur d'un fromage.
Adrienne Monnier, Les gazettes, p. 139.
mardi 20 août 2024
Le beau et le laid (15)
lundi 19 août 2024
Le beau et le laid (14)
[Suite du 13] - Que demande-t-on, d'abord, à l'homme: la force, la santé, ou ce qui leur ressemble, la bonne humeur qui en est le signe. Il n'a pas besoin de corriger son corps pour être aimé, mais on aime la correction de ses vêtements, preuve de son bon état social, de sa conformité morale obtenue, à grand- peine, comme le lissé des femmes. Le pli impeccable du pantalon, voilà qui correspond mystérieusement à la ligne pure d'un sourcil. (À suivre)
A. Monnier, Les gazettes.
dimanche 18 août 2024
Le beau et le laid (13)
[Suite du 12] - L'homme est souvent noble par ce qui le déforme; il est héroïque dans la mesure où il accepte la déformation et, mieux, où il la recherche. La noblesse essentielle de la femme est de rester, en dépit de tout, lisse, unie, de se reformer sans cesse, "Mères vierges toujours"... (À suivre)
samedi 17 août 2024
Le beau et le laid (12)
[Suite du 11] - Tout ce qui est laideur chez la femme - disproportion des traits ou des formes, marques d'âge ou de souci, inégalités de la peau - compte peu dans l'appréciation d'une figure virile. (À suivre)
A. Monnier, ib.
vendredi 16 août 2024
Le beau et le laid (11)
Il n'y a pas de laideur pour l'homme, c'est-à-dire pour la part de l'humanité qui est mâle et non femelle. (À suivre)
Adrienne Monnier, Les gazettes, p. 139.
mercredi 29 mai 2024
Amour (28)
Les rapports entre hommes et femmes doivent une grande part de leur charme à la convention. Selon un code subtil de l'euphémisme - et parfois même de l'antiphrase - il devient remarquablement aisé de s'exprimer complètement tout en s'exprimant délicatement. Bien loin de manquer à la vérité, cette distance "hypocrite" (mais - eu égard à l'étymon - que j'appellerais plutôt "ludique") que les deux sexes respectent ajoute au contraire à ce substrat de vérité banale qu'est le désir, un mystère, une beauté, une profondeur classiques. Un monde classique étant un monde du formalisme essentiel, de la réserve, de la litote, de la pudeur. Aujourd'hui que la bataille des sexes tend à obéir de plus en plus à la stricte stratégie de l'appétit, ou aux tactiques de la méfiance, il n'est pas mauvais d'avoir cette nostalgie. 7.32-33 (1968)
lundi 27 mai 2024
Amour (26)
[Suite du 25 et fin] - Le caractère de ce rapport indique jusqu'à quel point l'homme en tant que membre de son espèce est devenu homme pour lui et s'est saisi comme tel; le rapport de l'homme à la femme est le rapport le plus naturel de l'être humain à l'être humain. Dans ce rapport se manifeste aussi jusqu'à quel point il a besoin d'un autre être humain en tant qu'être humain - c'est-à-dire jusqu'à quel point il est devenu dans son existence individuelle un être social.
Karl Marx, Manuscrits de 1944.
vendredi 19 août 2022
La nuit du 12 (Dominik Moll)
J'aurais souhaité aimer davantage ce bon film. Mais dans sa perfection formelle, il lui manque deux choses: paradoxalement, du mystère (pas de grâce sans mystère). Et, philosophiquement, cette forme kantienne du relativisme qu'on appelle criticisme.
Le thèse, non pas martelée mais répétée, du réalisateur, selon laquelle la masculinité est toxique, semble audacieuse et prometteuse. En réalité elle est délétère. Le mal n'a ni sexe ni genre. S'il est vrai que les femmes sont plus souvent victimes des hommes que l'inverse, on peut établir des proportions, non trancher à l'emporte-pièce et s'attirer les applaudissements des fanatiques de la misandrie. C'est indigne d'un artiste, intellectuel qui plus est. Selon le lieu commun dichotomique inscrit dans l'histoire des mentalités, les hommes seraient des gladiateurs et les femmes des rétiaires? C'est oublier qu'il y a plus de ressemblances entre un homme et une femme pianistes par exemple, qu'entre deux hommes dont l'un serait pianiste et l'autre footballeur. C'est constaté neurobiologiquement.
Sans tomber dans la croyance à une indifférenciation entropique (l'allotropisme est nécessaire à l'aimantation, la séduction des individus - s'agissant, bien sûr, d'hétérosexualité) il faut bien admettre que le sexe n'est pas le seul déterminant intellectuel, moral, social, etc. Mais cela est d'une telle évidence!
Si l'homme est la mesure de toute chose, la femme en est le fur. Et on se doit d'inverser la proposition.
Ce qui devrait nous épater, c'est qu'après tant de millénaires, les hommes aient encore du goût pour les femmes et réciproquement. Tchekhov, qui n'était ni misogyne ni misanthrope, le notait sagement dans ses carnets: "Sans la compagnie des hommes, les femmes se fanent; sans la compagnie des femmes, les hommes deviennent bêtes."
mercredi 26 juin 2019
Estacadres (669)
vendredi 28 décembre 2018
Estacadres (522)
L'amour de l'homme est le seul simoun qui puisse briser cette palme et fixer ainsi son ombre.
F. Toussaint, Le jardin des caresses.
mercredi 22 août 2018
Estacadres (422)
R.M. Rilke, Lettres à un jeune poète.
vendredi 18 mai 2018
Estacadres (372)
Proverbe polonais.
lundi 18 décembre 2017
Alexandrins (37)
Arrachant l'harmonie à l'attraction des corps.
lundi 13 mars 2017
Estacadres (4)
Crochet puis boucle, l'un ne va pas sans l'autre.
[ "Boucle et crochet", pour le rythme et l'euphonie]
lundi 18 novembre 2013
La Vie domestique (Isabelle Czajka, 2013)
Subtilement, la réalisatrice nous amène à suivre 24 heures de la vie d'une femme et de deux ou trois autres. Tout est fidèle à la réalité mais avec une manière de vision surplombante qui fait que la jeune cinéaste a inventé un nouveau style : le réalisme métaphysique. Car le sens de cette vie domestique (il y a un oxymore dans l'expression) ne crève pas les yeux.
Les personnages féminins y ont le premier rôle puisqu'ils sont au premier plan de l'entretien quotidien, du fonctionnement du "ménage", mais les hommes n'y sont pas caricaturés : montrés seulement dans leur occasionnelle présence et suggérés dans leur absence.
A part le personnage du macho de la première scène, le masculin n'est pas accablé; mais le peu de réalité de leur engagement familial dénonce assez les hommes, non comme individus, mais comme piliers d'un système. L'homme est du dehors et la femme du dedans. L'étouffement de cette non-vie, de l'abandon successif des projets, des espoirs, des rêves est sensible. Et il n'y a guère de progrès des générations. "L'homme à l'épée, la femme à l'aiguille": la formule de Tennyson vaut toujours.
Egaux mais allotropes les deux membres d'un couple? Au mieux deux solitudes attentives, ou deux sollicitudes coupables. Mais la balance n'est pas à l'équilibre et le machisme le plus coriace est le machisme insidieux.
Un exemple de ce sexisme inconscient nous est ici donné : les hommes qui veulent faire un compliment à une femme disent parfois qu'elle "a des couilles". Une femme qui les impressionne ne peut pas réellement en être une, elle n'en a que l'apparence : ce mépris procède sans doute d'une peur immémoriale.
L'idéal du misogyne ordinaire serait d'avoir une femme dans les bras sans l'avoir dans les pattes. Mais a-t-on besoin de massacrer les faisans pour bien protéger la nature? A-t-on besoin de faire des corridas pour aimer les taureaux? Avait-on besoin de bouffer du boche pour fortifier l'amitié franco-allemande? A-t-on besoin de se battre avec les femmes pour mieux faire l'amour?
L'aliénation d'une moitié de l'humanité, aussi douce soit-elle, ne libère que de la rancœur et du ressentiment.
Si je parlais de métaphysique, c'est parce que le vide existentiel est ici rendu palpable par l'enchaînement d'actions répétitives et absurdes. la vraie vie est réellement ailleurs. La vanité subie est insupportable, elle nuit à l'estime de soi, au rebours de la vanité conquérante des trous du cul chatoyants.
Toutes les actrices de ce film sont belles, tous les regards sont beaux et douloureux, mais la merveille de justesse bouleversante et désenchantée est Emmanuelle Devos.