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jeudi 20 août 2015

Lost in translation (Sofia Coppola)

L'ennui, l'absurde et l'amour. quel cocktail étrange. Eloge et déploration de la solitude, condition même de la rencontre. La force de l'amitié amoureuse tend ce film comme un arc. Ce qui est triste et bon c'est l'accompli. Ce qui est triste et beau c'est l'inaccompli, l'accomplissement invisible et toujours inachevé du Stay hungry, la contemplation douloureuse du mystère d'être, en quête incessante d'une plénitude impossible. Lost in translation n'est pas un film mais une oeuvre d'art.
L'ennui est ici à la fois l'arrière-plan et le plan frontal. Il occupe l'espace et le temps, engloutit parfois les protagonistes jusqu'à les réduire à un point. Mais ils vont grandir.
L'Ennui, c'est la nostalgie d'une nécessité qui donnerait du sens à l'absurdité accablante qui englue les personnages. L'ennui est comme une eau qui stagne au fond de l'âme, remplissant tous les vides, un noyeur de joie, une peine sans visage. la prose cafardeuse pleine de bruits et de lumières absurdes, un ennui gigantesque à la mesure du gigantisme fantasmagorique d'une ville hallucinante et champignonnesque.
Mais si les aliénés s'ennuient de front dans le "divertissement", les êtres libres s'ennuient seuls ou à deux.
Dans un monde où le vide a pris l'apparence du plein, le réel et les autres semblent irréels. L'homme mûr et la très jeune femme qui se rencontrent (dans le sens où ils s'accordent) n'ont pas d'âge et leur différence de sexe n'ajoute qu'un peu de douceur à leur entente. Au contraire de la masse entropique, ils ont une consistance, ils sont contemporains. L'ennui est leur point de départ, presque leur tremplin. Pris séparément, peut-être sont-ils aussi insignifiants et incongrus que les particules sans nom qui circulent autour d'eux. Leur rencontre, c'est leur originalité commune, le nouvel être dans lequel ils se mettent à exister. Le hasard nécessaire où vient se dissoudre la nostalgie. "Deux absences qui [cherchaient] la même chose au même endroit" (Georges Perros) ont enfanté une présence unique.
Que cette rencontre doive avoir une fin lui confère un rayonnement pur. La mort ne peut pas faire que la vie n'ait pas été, et ce qui a été est inscrit dans l'éternité. Tout est vie dans la rencontre, comme un éclair qui fait jaillir le monde dans sa lumière infinie. Et malgré le noir qui revient, on vivra toujours dans cette lumière.