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dimanche 24 mars 2013

Superoupas

  Autant pour les enfants que pour leurs parents, le dernier spectacle du Collectif Rien de Spécial s'impose.
Par le truchement d'une Fée-Mégère,  la société s'amuse à dresser ses petits membres. Mais pour quelle perfection? Obéir, être poli, ne rien laisser dépasser de sa spontanéité, couper le cou à l'innocence? Les hasards de l'imperfection sont à la source de la vie, de la joie, de l'aventure humaine. Nous avons tous à trouver notre petite place sur la terre, notre coin de ciel et notre coin de feu. L'étouffement est un principe de mort. Qui peut prétendre à l'absolu du savoir, à l'infaillibilité de l'autorité?  Dans ce pauvre monde absurde, il faut rire de ce qui nous fait pleurer. En dehors de l'homme, pas de Vérité, en l'homme des vérités multiples. Ce qui est bon pour l'homme est ce qui l'épanouit, la férule est tenue par une main aveugle, impeccablement cruelle.
   Qu'il s'agisse de Dieu ou de la Société, tout ce qui s'érige en idéal infaillible est voué à échouer. Dieu n'existe pas, la Société comme entité parfaite n'existe pas. La vraie perfection n'est qu'une représentation, pas une fin. Et, surtout, parfaire c'est défaire: une enfant qu'on réussirait à rendre parfaite deviendrait alors parfaitement anonyme.
   Heureusement, la petite Karine de Superoupas (Marie Lecomte) a tous les atouts de la grâce, de la fraîcheur, de l'innocence. La liberté de son caractère en fait une rebelle naturelle. Elle se dérobe au conditionnement qu'une animatrice aussi stéréotypée que sadique (admirablement et expertement jouée par Alice Hubball) voudrait lui imposer. Mais l'esprit s'envole de toutes les prisons, même d'une poubelle!
   L'innocence n'a qu'une culpabilité, celle de vivre. C'est la vie et ses échappements qui sont insupportables au carcan social. Le pseudo-savoir de nos nouveaux pédants les fait ressembler aux vaches non pas ruminantes comme celle de Nietzsche, mais broutantes, comme celles de Gombrowicz, qui voudraient mettre leur bave et leurs dents dans la fraîche verdure de l'enfance.
   A la fin du spectacle, la petite Karine impose la vitalité essentielle de l'enfance dans une danse libératrice. On sait alors que l'innocence est indestructible, parce qu'elle est l'esprit même de la vie.