Affichage des articles dont le libellé est artifice. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est artifice. Afficher tous les articles

mercredi 14 février 2024

Amérique (47)

 ... j'examinai longuement la publicité Kodak qui recouvrai, comme le panoramique d'un western de John Ford, tout le terminal est de la gare. C'était un paysage hivernal, et la neige brillait plus encore que de la vraie neige, quoique moins aveuglante et perlée que les dents blanches des mannequins incarnant la famille américaine. Ils portaient tous des combinaisons de ski brillant de mille feux. Les enfants étaient appétissants, et les parents, jeunes, dynamiques, charmants et vigoureux. C'était certainement ça, le rêve américain: ces joues toujours roses, ces yeux d'un bleu profond, ces larges sourires dépourvus de chaleur et des regards sans gravité, incapables du moindre sentiment, des regards qui ne pouvaient même pas afficher un soupçon de perplexité. Mais ce n'était pas l'Amérique dont je rêvais. Je savais bien que mes prétentions intellectuelles et mes humeurs étaient irrémédiablement sombres, d'une noirceur teintée d'autoapitoiement. Mais c'était mieux ainsi, car mieux valait vivre en martyr que de se vautrer dans la fange écervelée de ces mannequins en Technicolor.
Frederick. Exley, Le dernier stade de la soif.

dimanche 14 janvier 2024

Figures (2905)

 "Je m'étonne qu'il ait pu faire quelque chose d'aussi naturel, d'aussi simple que de mourir", écrit Mauriac dans son Bloc-Notes, mais il verra, quatre mois plus tard, le Portrait-souvenir de Cocteau que Roger Stéphane réalisa en 1963 pour la télévision, et Mauriac écrira cette fois: "Toutes les perles fausses, à mesure qu'il parlait, devenaient vraies*. Le strass s'était changé en diamant.   25.84
* "Je suis un mensonge qui dit toujours la vérité".  Cocteau, Opéra.

vendredi 13 janvier 2023

Figures (2574)

 Les aphorismes de Malcolm de Chazal sont tellement rutilants et chatoyants qu'ils ont l'air vrais si l'on est d'humeur gaie, et faux si l'on est chagrin.   88.43

mardi 2 novembre 2021

L'Astrée (1)

 Nous sommes dans le Forez... sur les bords doucereux du Lignon, cette galante rivière qui roule des flots de petit-lait; c'est un charmant pays que celui-là, et que je regrette fort pour ma part. Les arbres y ont des feuillages en chenille de soie vert pomme; les herbes y sont en émail, et les fleurs en porcelaine de la Chine; du milieu des buissons bien peignés, de grandes roses, grosses comme des choux, vous sourient amicalement de leurs lèvres purpurines, et vous laissent lire leurs innocentes pensées au fond de leur cœur écarlate. Des nuages en ouate bien cardée flottent moelleusement sur le taffetas bleu du ciel; des petits ruisseaux, faits des larmes des amants, se promènent, avec un gazouillis élégiaque, sur un fond de poudre d'or; de jeunes zéphyrs agitent doucement leurs ailes...
Théophile Gautier, Les grotesques.

jeudi 6 mai 2021

Figures (1961)

 Dans la masse des images données, le principe de choix qui préside au tri du matériel poétique propre à Breton s'exerce invariablement au profit d'une nature singulièrement expurgée, aussi peu farouche que possible - une nature meublante et habitable, ciselée, fouillée, docile au toucher humain, à ses exigences de poli, de douceur, de netteté et de symétrie, une nature miniaturiste, foisonnante en objets délicats et fragiles, lilliputiens parfois, faciles à manier, apprivoisés à la main et à l'œil - en bijoux naturels, qui donnent au décor de bon nombre de poèmes du Poisson soluble je ne sais quelle atmosphère de bal masqué et de volière tropicale où Breton se sent visiblement chez lui.
Julien Gracq, Le spectre du Poisson soluble, in Préférences.