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samedi 4 janvier 2020

Animal (22)

Que dire de ce bonobo baptisé Kanzi, capable d'utiliser 250 lexigrammes et de comprendre environ 500 mots? Que dire, surtout, de son extraordinaire capacité à former des mots nouveaux en fonction de ses expériences, lui qui accole "oiseau" et "eau" (oiseau-eau) pour désigner le cygne, qu'il voit pour la première fois?
Stéphane Foucart.

dimanche 4 mars 2018

Dicodrome (27)

Ois-eau - Cygne, dans le langage des bonobos. (Un bonobo, capable d'utiliser 250 lexigrammes et de comprendre 500 mots, accola un jour les mots "eau" et "oiseau" pour le cygne, qu'il voyait pour la première fois).

Ministérieux - (n.m.) - Serviteur de l'Etat d'étroit cubage crânien et ne pratiquant pas la transparence.
                         (adj.) -  Opaque au plus haut niveau, et à capacité réduite.

lundi 17 octobre 2016

Il ne dansera qu'avec elle ( De Facto)

   C'est le titre (ironique?) du dernier spectacle de Thomas Depryck (écriture),  Antoine Laubin (mise en scène) et des douze acteurs - bâtisseurs de la pièce(1). Il ne dansera qu'avec elle ou avec d'autres, parce que le sujet de l'objet n'est pas la fidélité mais l'amour. Or on sait, comme disait Machin, que l'amour est un anarchiste tchécoslovaque (enfant de Bohème, qui n'a jamais connu de loi). "Love is a lawless land".
   On peut retourner la question dans tous les sens, partir vers tous les horizons, explorer tous les temps, voire régresser jusqu'au singe, on n'aboutira à aucune conclusion qui tienne sur ses quatre pattes ou ses dix commandements. Parlez-nous plutôt des neuf  Muses.
   Alors, que nous révèle cette pièce? Si j'étais un critique pressé ou malveillant, je dirais: rien. C'est une salade russe. Ou bien: c'est un spectacle éclaté, avec feux d'artifice et pétards mouillés. Mais je ne suis qu'un spectateur privé. Et, pour moi, seul compte le plaisir. Et j'en ai eu. Pas toujours, mais souvent. Je me suis d'ailleurs demandé s'il était possible d'apporter quelque nouveauté que ce soit à ce débat - plus vieux que l'humanité - sur la nature de l'amour et du sexe. Tout ayant été dit et redit, la seule possibilité de chatouiller l'hypothalamus est le recours à la vis comica  et, surtout, au rythme. Une scène particulièrement réussie du spectacle obéit à ces deux impératifs: l'histoire du porno. Une scène qui saute et qui danse, qui ne privilégie ni le texte ni le jeu mais les combine admirablement parce qu'elle unit le signe et le sens, la chair et l'esprit; le rythme est dans le temps ce que le dessin est dans l'espace: une forme. Et tout art est dans sa forme, tout langage jaillit d'un balancement rythmé de syllabes. Une autre scène nous met en joie: celle du zoologue-anthropologue qui nous parle de nos cousins les bonobos. Nietzsche disait que les singes sont de nature trop débonnaire pour que l'on puisse descendre d'eux. c'est vrai surtout des bonobos. Nous serions plutôt des chimpanzés. Ou alors certains d'entre nous seraient chimpanzés ( patriarcaux, politiques, violents) et d'autres bonobos (matriarcaux, sociaux, pacifiques). Alors, comment s'entendre? Comment le "grand singe bipolaire" (Franz de Waal, primatologue) que nous sommes pourrait-il faire la paix avec lui-même?
   La scène la moins réussie (à mes yeux et mes oreilles) vient vers la fin de la seconde partie, quand les douze acteurs posent 3 questions à leur  voisin et y répondent. Conjectural et hasardeux, vu qu'on peut répondre n'importe quoi.
  J'aime aussi les monologues: leur sincérité ne dément pas leur art, la vie y palpite.
   Tous les rabotages de l'amour et du sexe ont été évoqués dans ce spectacle, tous les champs labourés, ensemencés, toutes les récoltes faites, et, pourtant, je reste sur ma faim et ma soif. Est-ce à dire qu'elles sont inextinguibles? Un seul point aveugle: quid de la connaissance par l'amour et de l'amour par la connaissance? Abstrait? Non: supérieurement humain. Qu'est-ce qu'un amour qui ne serait pas à la fois désir de connaissance et espoir de salut? Qu'ai-je besoin de l'autre sinon de son mystère?
  Et la mort? La mort n'est pas seulement au bout. Une vie sans caresses ni baisers est une vie criminelle. C'est la mort qui se glisse et s'installe dans toutes les failles de l'amour. Et si la mort emporte l'être qu'on aime, elle ne peut emporter la demeure de l'amour.
   Que faut-il seulement pour aimer la vie qui passe, chaque jour qui naît et qui va mourir? Des rapports nouveaux ou des chants anciens. Quand l'un et l'autre sont réunis, quand l'amour et l'intelligence vagabondent ensemble, c'est alors que nous étreint la vraie beauté.

(1)  Les 12 apôtres du spectacle: Angèle Baux, Caroline Berliner, Coraline Clément, Aurore Fattier, Denis Laujol, Yasmine Laassal, Marie Lecomte, Brice Mariaule, Jérôme Nayer, Hervé Piron, Renaud Van Camp, Pierre Verplancken.