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lundi 13 octobre 2025

Bonheur (81)

 Le bonheur est la plus cruelle des armes aux mains du temps.
Paul Valéry, Mauvaises pensées.

vendredi 26 juillet 2024

Amour (65)

 Tu nous blesses, Amour, d'une mortelle atteinte,
Soit que ta main nous verse ou le miel ou l'absinthe,
Et les cœurs, dominés par ton pouvoir fatal,
Meurent également du remède et du mal.
Le Tasse, La Jérusalem délivrée, Chant IV, 0.92.

samedi 30 septembre 2023

Écrire (272)

 Chaque livre qu'on écrit demande un tribut. À chaque pas, après chaque effort, on est libre d'arrêter. Faire en sorte que cela ne soit pas trop douloureux. Protéger les autres et soi-même. Mais cela ne fonctionne pas comme ça. La littérature nous prend les trésors dont nous n'avions pas besoin: l'ego, le couple, la maison. Et nous laisse, auteurs et personnages, ivres et nus à la fin du livre.
Jérôme Chantreau, Bélhazar.

samedi 19 août 2023

Amazone (3)

 C'est une sorte d'amazone cruelle qui en veut à l'humanité tout entière d'être dans l'obligation de porter des jupes.  
Frédéric Dard

dimanche 9 avril 2023

Allemands/Allemagne (22)

 [Suite du 21] - Et avec Frédéric II, son père, Frédéric-Guillaume Ier, éloquemment appelé le Roi-Sergent, ignoble brute qui fit exécuter l'ami de cœur de son fils sous ses propres yeux afin de lui faire passer le goût de la révolte et des amours hors cadre.   (À suivre)
Id, ib.

lundi 24 octobre 2022

Figures (2594)

 Chase* offre au public les rêves mythomaniaques de cruauté et de puissance qui conviennent à un âge hanté par les aspirations que les régimes totalitaires savent si bien satisfaire.
George Orwell

*James Hadley Chase.

lundi 6 décembre 2021

Attente (9)

 Un mandarin était amoureux d'une courtisane. "Je serai à vous, dit-elle, lorsque vous aurez passé cent nuits à m'attendre assis sur un tabouret, dans mon jardin, sous ma fenêtre." Mais, à la quatre-vingt-dix-neuvième nuit, le mandarin se leva, prit son tabouret sous son bras et s'en alla.
Roland Barthes, Fragments d'un discours amoureux.

dimanche 16 septembre 2018

Estacadres (440)

Un mandarin était amoureux d'une courtisane. "Je serai à vous, dit-elle, lorsque vous aurez passé cent nuits à m'attendre assis sur un tabouret, dans mon jardin, sous ma fenêtre." Mais, à la 99e nuit, le mandarin se leva, prit son tabouret sous son bras et s'en alla.
Barthes, Fragments d'un discours amoureux.

jeudi 17 mai 2018

Figures médiatiques (210)

Cruauté de la critique ad hominem : "Elle a tout, sauf le charme", écrit Jacques Drillon à propos de Cecilia Bartoli. Cruauté d'autant plus rédhibitoire que le charme est idiosyncrasique - et son absence aussi! Une critique ontologique, c'est-à-dire non constructive, s'appelle une exécution. Publique. On a mal pour elle, on a honte pour lui.

dimanche 7 janvier 2018

vendredi 10 mars 2017

Estacadres (1)

Nouvelle rubrique dans laquelle je range quelques  PAMB (proverbes à ma botte), quelques maximes locales ou lointaines, des aphorismes de mon cru ou de mon choix , des antiverbes. des antistrophes, des préjugés, des paradoxes, alexandrins, sexitations, choses vues/lues/dites, enseignes insolites, expressions heureuses, pourquoi  & comment , etc. J'y encadre, bordure, endigue, égoutte, taquine et mets en forme des humeurs , des rêveries, des pensements, qui sont miens, en passant, voire en repassant. Rien de définitif mais rien d'éphémère (si tant est que la vie ne le soit). Que du souffle, dans l'étoffe imagée dont ma doctrine est faite...
Exemple ( qui tient du PAMB et de l'alexandrin) : Le riche fait son gras sur le maigre du pauvre. 
A suivre. [cf estacadres (11)]

mardi 10 février 2015

Horizons (15)

Le papier tue-mouches Tanglefoot. Une mouche s'est traînée sur le bord, elle a encore deux pattes et la tête libres, mais par l'arrière-train et les autres pattes elle reste accrochée, si fort qu'elle s'étire. Une autre se tient toute droite, les pattes de devant tendues tout à fait comme quelqu'un qui se tord les mains. Toutes ont une position droite un peu forcée, sur leurs six petites pattes dont le dernier article, replié, est resté pris. Ce qui évoque un peu des jambes arquées. Ainsi se tiendrait-on sur une arête très aiguë. Elles rassemblent leurs forces. Ensuite, elles commencent, c'est tout ce qu'elles peuvent faire, à battre des ailes, jusqu'à ce qu'elles doivent arrêter, épuisées.Pause pour reprendre haleine; nouvelle tentative. Pareille à un petit marteau, la langue tâtonne. Leur tête brune et velue, comme taillée dans une noix de coco; ainsi que certaines idoles nègres à forme humaine. Puis, un instant, leur énergie faiblit, et déjà une autre partie est prise, l'aile ou le corps. Ainsi sont-elles entraînées peu à peu. Ou bien elles tombent tout à coup, en avant, sur le visage, pa-dessus les pattes - ou de côté, les pattes allongées. Souvent toutes les pattes sont allongées de côté ou vers l'arrière. Ainsi gisent-elles. Pareilles à des avions abattus, une aile dressée verticalement dans l'air. Ou à des chevaux crevés. Ou dans une attitude toute humaine, infiniment tragique. De temps en temps (le lendemain encore) l'une s'active encore d'une patte; bat de l'aile. Sur le côté de leur corps, près de l'attache antérieure de la patte, elles ont un minuscule organe qui palpite, bat régulièrement, on ne peut pas l'apercevoir, semblable à un tout petit oeil humain qui ne cesserait de s'ouvrir et de se fermer. L'une est prégnante. Un mâle ici a vu l'élue, l'a rejointe et s'est trouvé pris à peine avait-il fondu sur elle.
Elles se dressent à grand effort sur leurs six pattes. Ou, les pattes arrière allongées, elles s'appuient sur les coudes pour essayer de se relever. L'une est couchée, la tête et les bras étendus. Une autre, très vigoureuse, réussit à lever une patte après l'autre. Elle fait un pas. Mais elle ne peut partir avec toutes en même temps. Beaucoup évoquent de paisibles dormeurs. Elles finissent presque toujours par tomber la tête en avant.
Robert Musil, Journaux,1, p. 353-354.