La psychanalyse française, assujettie depuis 25 ans aux poncifs de l'idéologie dominante, a cru bon de se détourner de ses fidélités thérapeutiques originaires. On connaît dans ce domaine le rôle pionnier et pontifical du docteur Lacan dans les décennies qui ont suivi la Seconde Guerre mondiale. Affamés de théoricité, du surréalisme à Merleau-Ponty, de Merleau-Ponty à Heidegger, enfin de Heidegger à Jakobson et à la phonologie structurale, Jacques Lacan est l'un de nos intellectuels qui ont le plus œuvré pour que soit sacrifié le corps. Avec lui, pas de désir qui ne se réduise à un "discours", pas de pénis qui ne devienne "phallus", et pas de phallus qui ne devienne "signifiant". Sa démarche, qui passa naguère pour le comble de l'audace, s'inscrit peut-être - au moralisme près, mais cela n'a aucune importance - dans la droite ligne des médecins qui, au XIXe siècle, voulaient produire un discours apaisant sur la sexualité. Et, en matière d'"apaisement", le théorisme - qui hypostasie tous les "dérèglements" en concepts - est ce que l'on fait de mieux.
Jean-Paul Aron, in N.Obs. 728 du 23/10/78.
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mardi 17 janvier 2023
Aliénation (5)
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