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dimanche 29 décembre 2019

Estacadres (846)

La noire a la couleur du miel, la malpropre qui sent mauvais est une beauté négligée. Des yeux verts font une Pallas; la sèche et nerveuse devient une gazelle; la naine, la pygmée, l'une des grâces,un pur grain de sel; la géante est une merveille, un être plein de majesté; la bègue, incapable de parler, gazouille; la muette est pudique. Mais la furie échauffée, insupportable, bavarde, a un tempérament de feu; c'est une frêle mignonne que la malheureuse qui dépérit; elle est délicate quand elle se meurt de tousser; quant à la grosse matrone enflée, toute en mamelles, c'est Cérès en personne qui vient d'enfanter Bacchus. Un nez camus fait une tête de Silène, de Satyre; de grosses lèvres appellent le baiser...
Lucrèce, De la nature des choses.

dimanche 6 février 2011

Mots-manie (49)

Préférée à l'affirmation, la négation de son contraire est euphémisante, et permet d'adoucir la réalité en la corrigeant spéculairement. "Il n'est plus (vivant) " est moins cru(el) qu' "il est mort". "Il n'est pas beau" laisse du jeu, un espace qu'anéantirait "il est laid".
Ce qui s'introduit dans l'esprit n'est pas la notion absente mais celle que la phrase présente, même en la niant. Le signifiant est plus fort que le signifié.
De même au cinéma: il est utopique, par exemple, de croire ou vouloir faire un film antimilitariste en montrant la guerre et ses horreurs. C'est la guerre alors, même niée, qui impressionne l'imaginaire.
C'est pourquoi, poussant cette observation à sa limite, on dira que le politiquement correct n'est pas une simple édulcoration du réel, mais son escamotage.