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vendredi 8 mars 2024

Écrivains (73)

 Celui qui a décidé d'écrire parce qu'il lui est impossible de se satisfaire de l'état "naturel" des choses fait forcément violence à la "réalité" telle qu'elle est vue et sentie par les hommes qui l'entourent. Alors, même s'il est toléré, même s'il est parfois envié et applaudi, il est seul, et il est "fou". Et, dans les cas extrêmes, c'est lui qu'on chassera , c'est lui qu'on tuera.   56.79

jeudi 22 décembre 2022

Écrire (63)

 Et mon pays, celui de mes rêves, celui de mon exil, celui de mes pages éparpillées, demeure entre la lampe et la table, le seul lieu (ce cosmos fuyant) où se trouve la véritable patrie de celui qui écrit.
Mario Goloboff, écrivain argentin.

jeudi 30 septembre 2021

Figures [2277)

 (Suite et fin du 2276) - Cormery, dans Le premier homme, qui a tourné le dos à son pays, aux siens, à ses racines, est devenu à ses propres yeux un monstre... Dans les deux cas [La chute et Le premier homme] on trouve le thème de l'exil, qui a toujours hanté Camus. Peut-être que Camus l'exilé, au moment où il écrit le soliloque amer de Clamence, trouve-t-il quelque douceur dans un autre rôle d'exilé: celui qui se souvient de son enfance, dans le pays qu'il a perdu. Ainsi La chute et Le premier homme seraient les deux faces du sentiment d'exil.
Roger Grenier, in Quinz. litt. 922 du 01/05/2000.

dimanche 29 mars 2020

lundi 4 janvier 2016

Horizons (23)

Rien n'est digne de pitié comme le froment lorsque par la mégarde du semeur, il a été exilé sur le chemin ou dans la haie. Epis semés sans intention, seuls devant l'ouragan. Ils sont demeurés verts longtemps comme si quelque espoir immense les eût animés, et les derniers soleils les ont desséchés. Ils étaient de bonne sorte, et ils ont vécu parmi les herbes folles. Ils ont cherché le sillon et n'ont pas pu l'atteindre. Ils sont restés méconnus des passants, de ceux qui s'imaginent que la grandeur noble des midis vient du silence des blés immobiles et non de la détresse humblement consentie par chaque épi surchargé.
Jean Gaulmier, Terroir.

mercredi 21 novembre 2012

Les Pays, de Marie-Hélène Lafon

   Les Pays est un récit à la fois dur et tendre, hérissé et sensible comme une châtaigne dans sa bogue. Cette peinture de vie d'un classicisme exacerbé palpite sous la glace d'un style involutif où la périphrase est un caparaçon (1) et le subjonctif un pantalon rouge dont la possession récompense à jamais la longue maîtrise du désir qu'on en a eu. Dans ses rets, ses lanières et ses voiles, la langue de Marie-Hélène Lafon dit tout mais le retient et le soumet aux conditions d'un temps du verbe qui l'irréalise. Cette vie qu'elle aurait vécue sans la moire et l'écho de l'écriture constituante, qu'eût-elle été de plus que rien? Tissée, tressée, colimaçonnée dans l'étoffe, l'osier, la nacre des mots, elle devient peut-être un objet de l'art, une présence, une permanence teintée d'immortalité, une chose digne, justifiée, et jouissant d'une détente enfin permise au fruit achevé, et du crédit enfin donné à une existence légitimée, une existence vécue, comme dit l'auteur, "plus intensément".
  La richesse et le salut de celle qui se sentira toujours en lisière de deux mondes, c'est la littérature active, la mise au monde de soi-même tirée de son propre sillon, délivrée des errements et des accommodats. La littérature qu'elle a barattée et bâtie autour d'elle devient pour l'adulte ce que fut la pension de Saint -Flour pour l'enfant : le lieu rassurant d'un confinement libératoire, seul habilité à solder les comptes du hasard des origines, seul ouvert grand sur l'univers imaginaire où les "histoires" (s')enchantent. "Quand je serai grande, je m'occuperai des histoires", se disait la petite Marie-Hélène, déjà, au cours préparatoire, quand son institutrice leur faisait la lecture du samedi. "Mon pays sent l'absence, il sent le départ", écrit-elle dans Album, mais cette absence n'est ni absence au rêve ni absence à soi-même, et ce départ est un départ pour les rivages et les mers sans fin de l'invisible.

(1) Le mot est employé deux fois, ainsi que d'autres synonymes d'armure, de cuirasse et de capitonnage, comme si l'auteur éprouvait le besoin de confier son corps blanc de paysanne dévoyée (qui ne sera jamais non plus citadine) à l'exosquelette d'une langue qui fût comme une gangue, un terrier (mot employé deux fois), une maison qu'on emplit à la manière du coquillage vital au bernard-l'ermite.